Cuve d'un méthanier ©DR

Au cours des six premiers mois de l’année, la spécialiste française des systèmes de confinement qui équipe la quasi-totalité de la flotte mondiale de méthaniers a déjà doublé son nombre de commandes par rapport aux 43 du premier semestre 2021 et dépassé les 68 de l'ensemble de l'année dernière. Maîtrisant la technologie du transport et stockage du gaz naturel liquéfié, GTT a en outre franchit une étape déterminante pour l’hydrogène liquéfié.

L’année 2022 devrait être de meilleure tenue que 2021 pour GTT si la spécialiste française, dont les technologies équipent la quasi-totalité de la flotte mondiale de méthaniers, poursuit sur la lancée du premier semestre. À fin juin la société d’ingénierie française avait engrangé un nombre dit record de 88 commandes pour des méthaniers et 38 pour des navires à propulsion GNL. 

Par comparaison, en 2021, sur l’ensemble de l’année, le fabricant des systèmes qui permettent de stocker et de transporter le GNL en toute sécurité, avait engrangé 68 contrats pour les méthaniers et 27 pour des navires au GNL.

À cet égard, CMA CGM fait les riches heures de l’entreprise. L’an dernier, GTT avait été retenue pour équiper douze de ses porte-conteneurs confiés aux chantiers navals chinois Hudong-Zhonghua et Jiangnan Shipyard. Le 25 juillet, la société a de nouveau décroché une nouvelle commande de Hyundai Samho Heavy Industries pour la conception des réservoirs de six nouveaux porte-conteneurs de 8 000 EVP pour le compte du troisième armateur mondial.

Chaque réservoir d’une capacité de 6 000 m3 intégrera son système phare de confinement à membranes, le Mark III Flex. La livraison des porte-conteneurs est prévue entre les quatrième trimestre 2024 et 2025. Cette ultime commande du semestre a porté à 80 le nombre total de porte-conteneurs équipés, ou en construction, par la technologie GTT.

Succès commercial mais qui ne se reflète pas résultats financiers 

Au 30 juin, le carnet de commandes, hors GNL comme carburant, s'élevait à 229 unités dont 210 méthaniers et à 68 pour les navires propulsés au GNL, majoritairement des porte-conteneurs. La plupart ont des dates de livraison s'échelonnant entre le troisième trimestre de 2024 et le deuxième trimestre de 2027.

À noter, l’entreprise de Saint Rémy-les-Chevreuse montera à bord du programme géant de construction de méthaniers de QatarEnergy, qui prévoit entre 100 et 150 méthaniers. Elle a reçu dans ce cadre des contrats pour 24 navires au cours du premier semestre de l'année.

Pour autant, comme l’an dernier, le succès commercial ne se reflète pas dans le chiffre d’affaires, en baisse de 12,7 % à 144,4 M€. Comme en 202 – les revenus avaient reculé de 20,6 % pour atteindre 314,73 M€ –, la situation s’explique en partie par les échéances de livraisons, entraînant un report de la comptabilisation des revenus. « Les retards de construction ont des raisons diverses : difficultés d'approvisionnement liées aux sanctions, confinements et mouvements sociaux en Asie », cite notamment Philippe Berterottière, le PDG de GTT, aux manettes depuis 2009. 

Ce recul est aussi imputable à un effet de base, explique-t-il. « Le premier semestre 2021 avait bénéficié de l'excellente dynamique de 2020 alors que le premier semestre 2022 n'a pas profité du plein effet des fortes prises de commandes de 2021 et 2022. »

Maintien des prévisions

GTT maintient ses estimations pour l’année et prévoit un chiffre d'affaires consolidé compris entre 290 et 320 M€. 2023 devrait être plus profitable au niveau des revenus, la dynamique des commandes des années 2020-2022 se matérialisant.

La pépite technologique française est par ailleurs concernée au premier plan par la guerre en Ukraine, en raison de son implication dans les projets GNL de Novatek dans l'Arctique, notamment la conception de trois terminaux GBS (gravity-based structure) dans le cadre du projet Arctic LNG 2 de réservoirs pour 15 méthaniers brise-glace actuellement en construction au sein du chantier russe de Zvezda. D’autres commandes confiées aux chantiers navals asiatiques concernent six méthaniers brise-glace et 2 FSU.

Tout en précisant que les projets arctiques russes se poursuivent « dans le respect des régimes de sanctions applicables », le dirigeant reconnaît cependant que leur « compte tenu de l'impact croissant des sanctions internationales, la poursuite et la bonne exécution de ces contrats sont exposées à des risques de report ou d'annulation. »

Vers le stockage de l’hydogène liquéfié

Au premier semestre, la spécialiste qui maîtrise un métier particulièrement complexe – le transport du gaz liquéfié à -163°C –, a par ailleurs reçu deux AiP de DNV, l’une pour la conception d'un système de confinement de type membrane pour l'hydrogène liquéfié (LH2) ainsi que pour la conception préliminaire d'un hydrogénier. Ces deux sésames s’inscrivent dans le cadre de l'accord conclu en février avec Shell, un des deux grands acteurs mondiaux de GNL avec TotalEnergies.

Transporter de très grands volumes d'hydrogène nécessitera de le liquéfier à  – 253°C afin de diviser son volume par 800 par rapport à l’état gazeux initial. Un défi technologique y compris pour l’entreprise qui part avec quelques expertises d’avance. Les exigences relatives au transport et au stockage de l’hydrogène sont en cours d’élaboration par l’Organisation Maritime Internationale. Pour Philippe Berterottière, il s’agit d’une première étape déterminante vers l’établissement d’une chaîne d'approvisionnement en hydrogène.

Adeline Descamps