Le report modal pour le fret a été retenu par le gouvernement comme un des priorités d'investissements de ces 10 prochaines années. ©Houri

 

Le gouvernement a annoncé ce 11 septembre des investissements dans les transports d’un montant total de 13,4 milliards d'euros sur la période 2018-2022. Le report modal dans le transport de marchandises sera soutenu à hauteur de 2,3 Md€ sur 10 ans. Parmi les grands projets, le Lyon-Turin et le Canal Seine-Nord sont confirmés.​

 

Depuis le 1er février, date à laquelle le Conseil d’orientation des infrastructures (COI) a rendu ses conclusions, les décisions quant à la programmation des investissements en matière de transports étaient très attendues. La stratégie en matière d'investissements, sur laquelle a été conviée à plancher l'instance installée par le gouvernement* a servi de base de travail à l'éxécutif en vue de préparer la planification sur 10 ans qui vient d'être dévoilée. Elle sera en outre intégrée au projet de loi d’orientation des mobilités (LOM), qui sera présenté en octobre en Conseil des ministres et débattue ensuite au Parlement. C'est dire que son contenu peut encore varier, non seulement en fonction des discussions que la représentante du gouvernement aura dans les semaines à venir avec les présidents de région, mais aussi des débats au Parlement. 

Selon les plans révélés par la ministre des Transports, Élisabeth Borne, les transports pourraient bénéficier entre 2018 et 2022 d'une enveloppe de 13,4 Md€, une augmentation de 40 % par rapport au dernier quinquennat, revendique la représentante du gouvernement. Mais légèrement inférieur à des préconisations remises en février. Le budget prévoit ensuite 14,3 Md€ pour la période suivante, de 2023 à 2027.

Mais pas n'importe quels transports puisque le gouvernement avait très rapidement désamorcé les attentes en début de mandature en annonçant sa volonté de "sortir des promesses non financées du passé", et de prioriser et financer "les transports du quotidien".

Désaturation et désengorgement

Le report modal dans le transport de marchandises fait partie des quatre ou cinq priorités fléchées. Il sera soutenu à hauteur de 2,3 Md€ sur 10 ans, est-il indiqué. 

Outre l’entretien du réseau routier national, "qui a connu une dégradation progressive de son état", pour lequel les moyens mobilisés augmenteront de  31 % sur la décennie 2018-2027, la "même dynamique sera assurée pour les réseaux ferroviaires et fluviaux".

Il est également question de 2,6 Md€ sur 10 ans investis dans la désaturation des grands nœuds ferroviaires pour fluidifier les déplacements du quotidien autour des métropoles, et les liaisons avec les villes moyennes. L’accélération du désenclavement routier des villes moyennes et des territoires ruraux bénéficierait d'une vingtaine d’opérations pour un montant de 1 Md€.

Aucune information sur les sources de financement

C’est une trajectoire financée”, assure-t-on au ministère des Transports, sans que les sources de financement ne soient détaillées. Pour l’année 2019, la programmation induit une augmentation des crédits de 300 M€ puisés ailleurs dans le budget de l’État mais, pour la suite, elle nécessite de trouver 500 M€ par an en ressources nouvelles. 

Pour rappel, le COI, présidé par Philippe Duron, avait imaginé trois scénarios, allant de 48 milliards à 80 Md€ alloués à l’Agence de financement des infrastructures de transports (Afitf) sur 20 ans. La trajectoire arrêtée par le ministère se situe juste en-dessous de l’hypothèse médiane, de 60 Md€ sur 20 ans. 

Dans le détail, le gros de l’argent investi correspond aux contrats de plan État-région (4 Md€), à la “régénération” des réseaux (3,1 Md€) et aux grands projets (3,4 Md€). 

Sort des méga-projets ?

Face au manque de financements, Emmanuel Macron avait annoncé le 1er juillet 2017 une pause dans les grands projets, prélude à une remise à plat qui s’est d'ailleurs traduite par les travaux de la COI et les préparatifs de la loi sur les mobilités. 

Toutefois, plusieurs sont manifestement maintenus, à l'instar des liaisons à grande vitesse Bordeaux-Toulouse, Montpellier-Perpignan, Marseille-Nice, Paris-Normandie, Roissy-Creil. Tout comme le Lyon-Turin et le Canal Seine-Nord, mais les travaux seront échelonnés dans le temps pour éviter des factures trop lourdes à payer immédiatement. 

Le cas de la liaison Lyon-Turin, à l’étude depuis les années 1990, est sans doute le plus épineux puisqu’il dépend aussi des intentions du gouvernement italien, aujourd’hui tiraillé sur le sujet entre les deux composantes de sa coalition - la Ligue d’extrême droite et le Mouvement 5 Étoiles. 

--- A.D (avec Reuters) ---

 

*Mise en place en octobre 2017 et composée de parlementaires, représentants des grandes associations de collectivités et experts.