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Alors que le secteur de la croisière vit des heures très difficiles, la crise sanitaire se doublant d’une crise économique, les chantiers navals spécialisés dans les paquebots ont suspendu temporairement leurs activités. Meyer Werft résiste et maintient sa production.

Le chantier naval allemand, basé à Papenburg (Basse Saxe), fait figure d’exception dans le paysage des chantiers navals spécialistes des paquebots. Contrairement à son compatriote allemand Flensburger Schiffbau-Gesellschaft (le constructeur du Honfleur, futur fleuron au GNL de Brittany Ferries) et à son rival transalpin Fincantieri dont il craint sans doute la fusion avec les Chantiers de l’Atlantique, l’entreprise n’a pas mis sous cloche ses sites de production.

Le chantier, qui s’est taillé une réputation dans la construction de paquebots après avoir acquis STX Europe à Turku en Finlande, ne veut pas être pris en défaut. « Notre principale inquiétude était de ne pas pouvoir honorer les délais prévus et voir alors des clients choisir d'autres chantiers navals », a déclaré Imke Knoop, chef du département des ventes et de la conception chez Meyer Werft, dont le carnet de commandes offre une visibilité jusqu'à 2024. « Afin de pouvoir livrer les navires à temps et de contenir les impacts économiques, Meyer Werft devra maintenir sa production aussi longtemps que possible », a ajouté le dirigeant. 

Pourtant, le chantier semble confronté à plusieurs problème majeurs. Malgré ses promesses, Meyer Werft a dû arrêter la construction du Iona dans sa dernière ligne droite et contraint P&O à repousser la croisière inaugurale du paquebot géant, le plus grand jamais construit par le chantier allemand et qui était en cours de finition à Bremerhaven. Le navire de 5200 passagers devait voguer vers les fjords norvégiens le 14 mai prochain. Mais les restrictions liées au coronavirus ont obligé à ralentir la construction et à reporter la date du grand départ, suscitant « la déception de tous ceux qui avaient réservé pour le voyage inaugural du Iona », a regretté Paul Ludlow, président de P&O Cruises.

Huit navires à livrer

Imke Knoop ne nie pas la gravité du moment – « l’évolution actuelle du marché aura également un impact énorme sur nos carnets de commandes », – et estime à environ 100 M€ par jour les pertes de chiffre d'affaires. Il doit aussi trouver des solutions en interne, alors que deux employés ont été testés positifs au virus et 139 autres placés en quarantaine. Les ouvriers déploraient notamment le manque de protection sanitaire.

Meyer Werft a signé ces deux dernières des navires emblématiques, tels les Norwegian Bliss et Norwegian Encore à Norwegian Cruise, AIDAnova à Aida, Spectrum of the Seas à Royal Caribbean Cruise Line. Il doit livrer cette année l’Iona à P&O Cruises, le Spirit of Adventure à Saga Cruises et l’Odyssey of the Seas à Royal Caribbean Cruise Line. Dans les prochaines années, huit autres navires doivent être réceptionnés par les compagnies Aida Cruises, P&O Cruises, Disney Cruise Line et Silversea.

L'industrie des croisières n’en est pas à sa première crise : elle a été sévèrement chahutée par les attentats du 11 septembre 2001, la crise financière en 2008 et la catastrophe du Costa Concordia en 2012.