L'Agence internationale de l’énergie (AIE) déplore « le manque d'action » des producteurs d'hydrocarbures, alors que les émissions de méthane provenant du pétrole et du gaz pourraient être réduites de 75 % avec les technologies existantes.

Selon le rapport Global Methane Tracker 2023 de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), publié le 21 février, les émissions de méthane liées aux secteurs du pétrole, du gaz, du charbon et de la bioénergie ont légèrement augmenté l'an dernier, approchant leur sommet de 2019, soit 135 Mt rejetées dans l'atmosphère en 2022. Le secteur de l'énergie a contribué à 40 % des émissions de méthane liées à l'activité humaine, juste derrière l’agriculture, par les rejets ou fuites de gaz pendant leur extraction ou leur transport. 

Rendu responsable d'environ 30 % du réchauffement mondial depuis la révolution industrielle, le méthane se dissipe plus rapidement que le dioxyde de carbone mais constitue un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant pendant sa courte durée de vie (une dizaine d'années). Taiter ses émissions est donc un des moyens les plus efficaces de limiter le réchauffement de la planète et d'améliorer la qualité de l'air à court terme. 

100 Md$ d’investissement

L'AIE déplore « le manque d'action » des producteurs d'hydrocarbures, alors que les émissions de méthane provenant du pétrole et du gaz pourraient être réduites de 75 % avec les technologies existantes, comme la détection des fuites, ou la réparation des équipements. « Il faudrait moins de 3 % des revenus accumulés par les sociétés pétrolières et gazières dans le monde l'année dernière pour réunir les 100 Md$ d'investissements [...] nécessaires pour atteindre cette réduction », souligne le directeur général de l'AIE, Fatih Birol. « Les réductions de méthane font partie des options les moins coûteuses pour limiter le réchauffement climatique à court terme. Il n'y a tout simplement aucune excuse ». 

L'explosion du gazoduc Nord Stream l'année dernière a notamment libéré une énorme quantité de méthane dans l'atmosphère. Mais les opérations pétrolières et gazières normales à travers le monde rejetteraient chaque jour une quantité similaire, soutient l’AIE.

150 pays se sont engagés à réduire de 30 % leurs émissions d’ici 2030

Selon l’organisme, les trois quarts des 260 milliards de m3 rejetés tous les ans pourraient être récupérés, recyclés et mis sur le marché, soit une quantité supérieure à l'équivalent des importations de gaz russe par l'Union européenne avant l'invasion de l'Ukraine.  Quant aux émissions des mines de charbon, qui passent « souvent sous le radar », elles font de la Chine le premier pays émetteur de méthane.

L'engagement mondial sur le méthane, lancé en novembre 2021 lors de la conférence sur le changement climatique COP26 à Glasgow, compte désormais 150 signataires (20 pays initialement), représentant actuellement 55 % des émissions totales de méthane. Pour rappel, ils se sont collectivement engagés à réduire de 30 % les émissions de méthane dues aux activités humaines d'ici à 2030. 

A.D.