©Vincent Rustuel pour Haropa

 

Les grèves du début d’année et la crise sanitaire ont lourdement sanctionné l’activité des ports de l’axe Seine en 2020 : malgré le rebond du deuxième semestre, Rouen et Le Havre voient leur trafic maritime se replier de 16,7 %, totalisant seulement 75 Mt contre 90 Mt en 2019. Principale victime de l’année Covid : le conteneur, dont 22 % des échanges se font avec la Chine.

En un an, 15 Mt manquent au trafic maritime de Rouen et du Havre. Les deux ports ont enregistré en 2020 une baisse de 16,7 % de leur trafic maritime, qui atteint, en cumulé, 75 Mt. Ils paient au plus fort les mouvements sociaux de début d’année et la crise sanitaire. Compte tenu du poids de la Chine dans les échanges, le conteneur est le premier à être pénalisé. Sur l’ensemble de l’année, 2,4 MEVP de conteneurs maritimes ont été manutentionnés à Haropa, soit 14 % de moins qu’en 2019.

« On n’a jamais connu de crisen atypique dans son ampleur géographique », confie Stéphane Raison, préfigurateur et patron du futur Haropa, établissement portuaire qui devrait naître officiellement le 1er juin de la fusion des trois ports de l’axe Seine, Le Havre, Rouen et Paris. Comme pour la plupart des activités du transport maritime, l’année s’est déroulée en deux temps. Au premier semestre, la baisse est sans appel, de 28 % par rapport à 2019. Mais sur le second semestre, elle n’est déjà plus que de 1 %. En décembre, Le Havre avait retrouvé son niveau mensuel d’activité de 2018, année où le port avait atteint 3 MEVP, signifie-t-il. 

Le transbordement en fond de cale

« Le trafic hinterland plein (- 8,9 %) a retrouvé son niveau d’avant crise dès le mois de juillet, porté par la reprise du marché domestique et le dynamisme des économies asiatiques », décrypte Baptiste Maurand, le directeur du port du Havre. Le transbordement (- 31,7 %) a mis plus de temps à se rétablir. « Le Havre n’a clairement pas été un port refuge pour les armements, doit-il reconnaître. On y travaille »

 La reprise de l’activité conteneurs au Havre s’illustre par deux symboles : la mise en service en octobre 2020 de quatre nouveaux portiques à Port 2000, au terminal de France, et le retour en octobre du service FAL1, principale ligne de la CMA-CGM avec l’Asie, exploitée dans le cadre d’Ocean Alliance.

Vracs liquides en baisse de près de 21 %

Pour les vracs liquides aussi, l'année 2020 rime avec déclin. À la baisse de la demande en produits pétroliers, en lien avec la crise, se greffe un événement local : la fermeture technique de la raffinerie havraise de Total, à Gonfreville-l’Orcher, victime d’un incendie en décembre 2019. Résultat : les importations de pétrole brut chutent de 40,6 %. Dans la foulée, les exportations de produits pétroliers (4,6 Mt) baissent de 30,4 %, qui ne seront pas compensées par l’augmentation de 7,4 % des importations (12 Mt) pour faire face à la fermeture de la raffinerie : « la baisse de la consommation engendrée par la crise sanitaire a été plus faible que la baisse de la production liée à la fermeture de Gonfreville », précise Baptiste Maurand. Sur l’ardoise, elle se matérialise par un manque à gagner de plus d’1 Mt de trafic.

Les flux de fioul lourd et de kérosène sont aussi à la baisse, l’un pour cause de réglementation OMI, l’autre du fait de la quasi-absence du trafic aérien pendant une bonne partie de l’année. Les importations de naphta, en revanche, progressent avec une forte demande des secteurs pharmaceutique et alimentaire, en raison de la crise sanitaire. Au total, les vracs liquides cumulent 36,3 Mt et affichent 20,9 % de baisse. À noter que la reprise pointe au quatrième trimestre, avec en particulier une hausse des exportations de produits raffinés.

Le roulier reprend des couleurs au second semestre

Le trafic roulier des ports normands réagit aussi à la conjoncture marché automobile français, affichant une baisse d’activité de 15,5 %. La reprise, ici aussi, se fait sentir au second semestre, et le port du Havre compte sur une relance du secteur, porté par les aides publiques sur les véhicules électriques. « La part croissante des flux import, avec des temps de stationnement plus longs qu’à l’export ; les travaux de modernisation et d’extension du terminal roulier du Havre permettront de palier les problèmes accrus de saturation », indique la direction.

Les vracs solides en hausse d’un peu plus de 5 %

Seule filière en progression en 2020 : les vracs solides totalisent 14,5 Mt, soit 5,1 % de plus qu’en 2019. Cette catégorie de marchandises bénéficie des très bonnes exportations de céréales à Rouen (22,3 Mt). Les campagnes céréalières sont en effet plus impactées par la conjoncture météorologique que par les cycles économiques ou le contexte sanitaire.

En année civile, le trafic de céréales progresse de 6 % par rapport à 2019 et atteint 8,8 Mt. Si l’on considère la campagne d’exportation du 1er juillet 2019 au 30 juin 2020, précise Pascal Gabet, le directeur du port de Rouen, ce sont 9,9 Mt qui ont été expédiées depuis les silos de Rouen, soit 11 % de plus qu’en 2015-2016, le précédent record.

La bonne tenue des céréales, qui a tiré profit de l’approfondissement des accès nautiques du port de Rouen, s’appuie aussi sur la facilité de l’accès fluvial depuis l’hinterland. Le transport fluvial de céréales progresse ainsi de 6 %, et atteint un nouveau niveau historique pour les pré acheminements vers Rouen. Pour le transport fluvial de granulats, porté par les chantiers liés au Grand Paris, la hausse est de 12 %, soit 11,12 Mt à fin novembre.

Décélération de l’activité fluviale

L’activité fluviale sur les trois ports de l’axe Seine décline cependant de 3,8 % en 2020, retombant à 33 Mt, après avoir progressé de 10 % en 2019. Les conteneurs fluviaux, en particulier, baissent de 16,5 % (383 000 EVP), ce qui correspond au double de la baisse du trafic de conteneur d’hinterland. En temps de crise et de baisse du prix du carburant, le recours au transport routier est privilégié.

On peut cependant noter que la bonne tenue du fluvial limite la baisse d’activité de l’ensemble portuaire : maritime et fluvial confondus, le trafic des ports de l’axe Seine ne baisse que de 6 % et totalise 108 Mt.

Étienne Berrier