Jérome Giraud avait été débauché du port de Marseille il y a huit ans pour remettre à flot le port de Toulon. ©NBC

À compter du 1er juin prochain, Jérôme Giraud, directeur des ports de la rade de Toulon, sera remplacé dans ses fonctions par Christine Rosso, actuelle directrice commerciale au sein du port de Marseille-Fos. Une décision surprenante à plus d'un titre.

L’annonce a été faite par le nouveau président de la CCI du Var, Basil Gertis, dans un mail adressé le 5 avril dernier à l’ensemble des collaborateurs consulaires. Interrogés, Jérôme Giraud et Christine Rosso n’ont ni confirmé ni infirmé cette information. Également sollicité, Basil Gertis a refusé de s’exprimer sur le sujet visiblement sensible.

Selon nos sources, Christine Rosso a posé sa démission et effectue actuellement son préavis avant de rejoindre les quais varois. Le directeur adjoint Hervé Moine, fidèle lieutenant de Jérôme Giraud, est appelé lui aussi à quitter le navire pour de nouvelles aventures.

Les deux hommes ont certainement fait les frais de la campagne délétère pour la présidence de la Chambre de commerce et d’industrie du Var entre Jacques Bianchi, le président sortant, et l’outsider Basil Gertis, candidature portée par l’Union patronale du Var. Ce dernier l’a emporté le 23 novembre dernier d’une courte tête, avec seulement trois voix d’écart, face à Jacques Bianchi. Jérôme Giraud s’était affiché durant la campagne aux côtés de Jacques Bianchi, qui l’avait débauché de son poste de directeur commercial du port de Marseille voilà déjà huit ans pour remettre Toulon à flot.

Jérôme Giraud et Hervé Moine, DG et DGA du port de Toulon. ©NBC

Un travail rendu visible en Méditerranée

Le travail de Jérôme Giraud à la tête du port varois, que l’on avait plutôt tendance à ne considérer que sous son angle militaire, est largement salué par l’environnement portuaire. Toulon, qui a dans son entourage l’encombrant grand voisin phocéen, aspirateur de volumes, et le concurrent trublion sétois, ravisseur de quelques trafics, est parvenu à se rendre visible en Méditerranée, notamment pour son aisance sur le ferry (70 % de ses flux) avec 1,9 million de passagers sur la corse mais aussi la Sardaigne et les Baléares, en partie grâce à son partenariat gagnant avec Corsica Ferries.

Après la mésaventure avec l’armateur turc UN Ro-Ro (propriété de DFDS depuis 2018), qui a retiré toutes ses escales au profit de Sète, provoquant l’exode massif de 70 000 remorques, le port a rebondi en développant un trafic florissant de véhicules sur l’Algérie avec TEA (opérés par Nicolas Frères, GCA). L’année 2021 aura été une année terrible pour la place portuaire du fait de sa spécificité sur des segments de transport particulièrement exposés aux mesures sanitaires (ferry, fret ro-ro).

Pourquoi maintenant ?

Jérôme Giraud semble in fine payer la loyauté au prix fort. Pour sa part, Basil Gertis entend légitimement positionner ses équipes au sein de la CCI mais le choix de Christine Rosso (dans les deux sens) questionne. Sa direction au Grand port maritime de Marseille, qui se réduisait au développement, venait d’être élargie au développement commercial et aux solutions intermodales à l’occasion d’une mise à jour de l’organigramme qui a subi quelques mouvements de fond. 

Se pose également la pertinence du moment pour concrétiser cette décision prise en plein renouvellement du contrat de concession du port de plaisance alors même que les équipes de la CCI sont confrontées à une autre candidature, celle du groupe de BTP Eiffage. Une fragilité de taille.

La décision de la métropole Toulon Provence Méditerranée devrait être connue dans le courant de l’été pour une nouvelle délégation de service public qui débutera en octobre prochain. Selon nos sources, il n’y aura pas de candidature étrangère comme ce fut le cas pour le port de plaisance de Cannes, où David Lisnard, le maire de la ville, a choisi le groupement Fayat, IGY Marinas et Cannes Marina Invest, provoquant d’importants remous, l’affaire ayant été portée devant les tribunaux. Il n’est de toute façon pas certain que la Base navale de Toulon apprécie une délégation à des groupes étrangers en ces temps particulièrement troublés….

Nathalie Bureau du Colombier

*Ports de la rade de Toulon : Toulon Côte d’Azur (ferry, croisière), La Seyne Brégaillon (fret) et le Môle d’Armement à la Seyne-sur-Mer (croisière).

GPMM, réservoir à directeurs pour d’autres ports ?

À croire que Marseille-Fos est l’antichambre des directeurs de ports français. Après Christine Cabau-Woehrel, directrice du port de Dunkerque puis de Marseille, partie rejoindre la direction de CMA CGM, ce fut au tour de Claire Merlin de quitter le département juridique de l’établissement pour prendre la barre du port de Strasbourg il y a quelques semaines à peine.

Et aujourd’hui c’est Christine Rosso, ancienne directrice générale de Naviland Cargo, en poste depuis seulement deux ans au GPMM, qui largue les amarres. Les mouvements des directeurs et président de ports sont relativement opaques en France, les décisions politiques animant bien souvent ces choix. N.B.C