Le Grand Port maritime de Guyane a enregistré une croissance de son trafic de 3,21 % en 2021. ©Setcargo

Le port de Dégrad des cannes a été contrarié en 2021 par des aléas avec l'effondrement de la partie haute de la grue chinoise lors de son assemblage qui le prive de deux grues alors qu'un incendie sur son nouveau terminal reefer devrait décaler de six à huit mois son entrée en service. 

À Remire-Montjoly, les membres du directoire du Grand Port maritime de la Guyane ne peuvent qu’espérer que 2022 se déroule mieux que 2021, année semée d'embûches entre événément planétaire avec la pandémie et difficultés au niveau local avec l'effondrement de la partie haute de la grue chinoise lors de son assemblage à Dégrad-des-Cannes, qui a retardé la modernisation prévue des installations et prive le port de deux grues. Néanmoins, indique Philippe Lemoine, le directeur général de l'établissement portuaire, 2021 s'est achevé sur un volume global en hausse de 3,21 % par rapport à l'année précédente, à 865 253 t. En sortie de crise pandémique, la Guyane, qui reçoit plus de 90 % des marchandises importées en Guyane, n’est pas restée à l’écart de la relance de l'économie bien qu’elle ait été freinée.

Dans le domaine des marchandises diverses, le volume a atteint 530 181 t, près de 10 % au-delà de son niveau de 2020. Dans cette filière, le conteneur, qui dispose d’un terminal avec trois quais s’en sort avec une progression de 7 % par rapport à 2020 où il s'était établi à 63 480 EVP. Une croissance à relativiser au regard du nombre de conteneurs vides réembarqués. Selon le dirigeant, le conteneur a bénéficié de volumes supplémentaires de matériaux, de ferrailles, etc.

Fret roulier en hausse de 39 %

En revanche, les vracs liquides ont chuté de presque 13 %, à 231 325 t. Le repli est essentiellement dû à la baisse de l'import des hydrocarbures (pétrole brut, diesel). « Les deux principales raisons de ce recul proviennent d'une part du bon fonctionnement du barrage hydroélectrique » et de « la circulation routière en baisse » en raison de la pandémie. Mais le dirigeant portuaire songe également à l'impact de la transition écologique qui commence à se faire ressentir localement.

Quant aux vracs solides (une filière regroupant pour l'essentiel des clinkers et du gypse), ils ont affiché une progression de presque 11 %, passant en un an de 79 340 t à plus de 87.980 t. Enfin, le fret roulier est la filière qui a connu la plus forte progression en 2021. Avec 15 766 t contre 11 328 t l'année d'avant, le ro-ro a bondi de 39 %. Pour Philippe Lemoine, la bonne santé du BTP a joué à plein sur les importations de véhicules utilitaires et de camions.

« Si les feux sont au vert » pour le premier trimestre, l'engorgement des quais avec des conteneurs vides reste pénalisant. Leur nombre atteint 400 à 500 par semaine. En dépit des deux grues rendues inopérantes par l’accident de la grue chinoise, le GPM estime avoir déjà modernisé 25 % des 100 000 m2 de surface totale.

Six à huit mois de retard pour le terminal reefer

Nouveau coup dur en janvier, indique aussi la direction portuaire, avec le bâtiment principal des complexes électriques du nouveau terminal reefer parti en fumée alors qu’il était en train d'être réhabilité. Le démarrage du nouveau terminal devrait, selon lui, prendre six à huit mois de retard.

Pour autant, le montant des investissements s'est élevé en 2021 à 10 M€. « On a bénéficié du plan de relance du gouvernement en 2021. Cette année, le niveau des dépenses devrait être du même ordre. Mais ces investissements seront financés pour 50 % en fonds propres et 50 % avec des subventions », précise Patrick Toulemont, membre du directoire du Grand Port maritime.

La création d'une ligne de cabotage reliant le plateau des Guyanes à la Caraïbe est toujours sur le fil, confirme Rémi-Louis Budoc, le directeur de la Prospective et du Développement qui planche sur le dossier. La start-up nantaise Zéphir et Borée (qui assure déjà l'acheminement de la fusée Ariane) est la lauréate de l'appel à manifestation d'intérêt (AMI) pour ce projet interrégional. Une ligne pour laquelle des navires bas carbone seront exploités pour assurer le transport de conventionnel, de vrac mais aussi de conteneurs.

Vincent Calabrese