Une congestion monstre au port de Douvres pour le week-end le plus chargé de l'année. ©captation video

Les responsabilités de part et d’autre de la Manche ne sont pas partagées dans la situation à Douvres, où l’accès au port a été très problématique pendant plusieurs jours dans la perspective d’un week-end de grand départ en vacances. La situation a donné lieu à des tensions entre les autorités françaises et britanniques. 

Le week-end fut agité dans le port de Douvres. Son accès a été rendu très difficile pendant plusieurs jours alors que le week-end du 23-24 juillet correspond à l’une des périodes les plus chargées de l’année, les vacances scolaires commençant dans la plupart des établissements en Angleterre et au Pays de Galles. Entre vendredi et dimanche 10 heures, près de 20 000 voitures ont embarqué et pas moins de 72 000 passagers sont passés par le port du Sud de l’Angleterre, principal point d'accès au continent pour le trafic routier, avec le tunnel sous la Manche. Mais son approche est rapidement devenue problématique avec des files d'attente de près de 300 km de voitures et de camions combinés selon les autorités portuaires. Si bien que le temps d’attente moyen s’est élevé jusqu'à six heures au pic de la congestion.

Le trafic était revenu à la normale dès le samedi 23 juillet, défend la direction du port de Douvres. « Nous avons travaillé 24h/24 avec nos partenaires pour libérer les véhicules de fret en attente à destination de Douvres pendant la nuit. Le retard accumulé par les passagers touristiques vendredi a également été comblé et les vacanciers de samedi ont pu prendre la route. »

Mais à l’issue du week-end, des milliers de camions étaient encore garés le long de l'autoroute M20 qui relie la région londonienne à Folkestone et Douvres. Ils y ont été orientés dans le cadre d'un dispositif destiné à prévenir la congestion à la frontière. Les perturbations n’ont pas épargné le terminal ferroviaire de Folkestone, où se fait l'embarquement d'Eurotunnel.

Responsabilités diffuses

La responsabilité de la situation n’est pas partagée de part et d’autre de la Manche. Alors que 12 postes de la police aux frontières sont opérationnels au port de Douvres, les autorités britanniques attribuent le chaos au manque de personnel français. La ministre britannique des Affaires étrangères Liz Trucs, en campagne pour succéder au Premier ministre Boris Johnson, a exhorté dès le vendredi 22 juillet la France à prendre « des mesures pour augmenter la capacité à la frontière, limiter de nouvelles perturbations pour les touristes britanniques, et éviter cette situation épouvantable à l'avenir ».

Côté français, le préfet de la région Nord, Georges-François Leclerc, a invoqué « un incident technique imprévisible au tunnel sous la Manche », qui a conduit la police aux frontières française à « décaler d'une heure la pleine capacité opérationnelle souhaitée ». Un responsabilité que réfute la direction d’Eurotunnel, invoquant un problème de signalisation « mineur », de surcroît survenu bien après le début des difficultés. A l'instar d'autres acteurs, responsables syndicaux ou portuaires, le préfet a souligné le rôle du Brexit qui génère un contrôle renforcé, et un sous-dimensionnement du port britannique.

Sous-dimensionnement du port de Douvres

« Sans doute y-a-t-il, comme nous le demandons depuis plusieurs années, des aménagements à faire sur le port de Douvres ? »  Georges-François Leclerc, qui doit rencontrer ce lundi 25 juillet les responsables de la Border Force, agence en charge des contrôles à la frontière outre-Manche, propose de rassembler le contrôle des billets avant celui des passeports. « Dans un aéroport, vous contrôlez d'abord les billets, et après les passeports. À Douvres, c'est l'inverse qui est fait. Cela peut poser des problèmes structurels ».

Dans un communiqué, le port britannique a indiqué avoir fait des « investissements importants » pour augmenter sa capacité et avoir partagé les prévisions de volume de trafic « dans les moindres détails avec les autorités françaises ».

La situation a suscité le renfort de 20 policiers et 60 assistants gardes-frontières supplémentaires, portant à 200 le nombre d'agents mobilisés pour le week-end, au lieu de 120 habituellement. Les autorités françaises indiquent que le dispositif sera maintenu.

« Grâce à l'efficacité de l'ensemble du système portuaire, y compris le soutien important des collègues de la frontière française et les ferries qui ont fonctionné toute la nuit, le port a démontré que son plan d'été fonctionnera pour le reste de la période de vacances », a garanti Doug Bannister, PDG du port de Douvres.

La rédaction