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Le géant pétrolier anglo-néerlandais a déclaré un bénéfice net de  9,1 Md$ au premier trimestre. Le résultat pâtit cependant d'une charge après impôts de 3,9 Md$ liée au retrait progressif des activités de pétrole et gaz en Russie.

Les résultats du britannique, parmi les grandes majors européennes avec TotalEnergies, Shell et Equinor, étaient attendus. Shell a publié le 5 mai un bénéfice net ajusté du groupe en hausse de 26 % au premier trimestre, à 9,1 Md$. Il est supérieur à ses homologues, qui se situent plus dans le voisinage des 5 Md$ : TotalÉnergies (4,1 Md$), Equinor (4,7 Md$) et BP (4,9 Md$). Mais comme ses concurrentes, la major a été portée par la flambée des cours des hydrocarbures. Son chiffre d'affaires est en flèche, de 51 % au premier trimestre, à 84,2 Md$.

En excluant les mouvements au niveau du fonds de roulement, le cash-flow opérationnel du groupe a atteint 22 Md$ à l'issue du premier trimestre, contre 13,7 milliards chez ExxonMobil, neuf milliards chez Chevron ou 11,6 milliards chez TotalEnergies, fait remarquer l’analyste RBC.

En phase avec ses concurrents

Les résultats de Shell portent aussi comme ses confrères les stigmates du retrait russe avec une dépréciation de 3,9 Md$ liée au retrait progressif des activités de pétrole et gaz en Russie. Le groupe détient une part de près de 20 % dans le géant pétrolier russe Rosneft. Début avril, il avait prévenu que son retrait allait entraîner 4 à 5 milliards de dollars de dépréciations et charges dans ses résultats du premier trimestre.

En cela, il partage le sort de ses rivaux et se situe dans des niveaux de pertes de valeur similaires à celles de TotalEnergies (4,1 Md$) mais bien moins élevée cependant que celle passée par son rival BP (20,4 Md$ au premier trimestre). En revanche, Equinor a limité la casse avec 1,1 Md$. BP avec Rosneft. Shell avec Gazprom. Equinor avec Rosneft. TotalEnergies ou Technip Energies avec Novatek. Engie avec Nord Stream 2... les groupes pétroliers et gaziers ont successivement annoncé leur désengagement.  

« Les perspectives du deuxième trimestre reflètent la décomptabilisation des volumes liés à Sakhaline », prévient l’entreprise, signifiant une réduction de 0,8 Mt des volumes de liquéfaction de GNL par rapport au premier trimestre.

Contribuer à la sécurité des approvisionnements énergétiques

« La guerre en Ukraine (...) a provoqué des perturbations importantes sur les marchés mondiaux de l'énergie et a montré qu'une énergie sûre, fiable et abordable ne peut tout simplement pas être considérée comme acquise. Les impacts de cette incertitude et les coûts plus élevés qui l'accompagnent se font sentir dans le monde entier », a commenté le directeur général, Ben van Beurden, cité dans un communiqué.  

« Pour que Shell puisse jouer un rôle de premier plan dans la transition énergétique, il est essentiel de générer de la valeur grâce à des bénéfices et des flux de trésorerie solides, de maintenir un bilan sain et de poursuivre la mise en œuvre disciplinée de notre stratégie (...) C'est la meilleure façon pour nous de contribuer à la sécurité des approvisionnements énergétiques », a-t-il ajouté. 

Le directeur général a en outre évoqué le rachat d'actions pour une valeur de 8,5 M$ et la réduction de la dette à 48,5 Md$ contre 52,6 milliards fin 2021.

Quant à la production inférieure, elle a été inférieure de 4 % au quatrième trimestre 2021, principalement en raison du désinvestissement de Permian et de la baisse de la demande due à un hiver plus doux. Les marges de raffinage sont plus élevées « en raison de la volatilité du marché et d'une meilleure utilisation », en ligne avec le seuil de rentabilité du précédent trimestre, l’utilisation plus élevée « compensant la baisse des marges unitaires ». 

« Aucun moyen de retracer le brut russe raffiné à l'étranger »

Pour Ben van Beurden, il n’existe pas de système permettant de tracer le pétrole russe lorsqu'il est raffiné à l'étranger. Les sanctions actuelles ne tiennent pas compte de l'endroit où un brut russe est raffiné et traité, a-t-il expliqué à l’occasion de la présentation des résultats.

Alors que l'Europe envisage de se joindre aux États-Unis et à la Grande-Bretagne pour interdire les importations de pétrole brut et de produits raffinés d'origine russe, les sanctions auraient dans ce cas une portée limitée. Car elles ne couvrent pas les importations de carburants tels que le diesel et le kérosène provenant de raffineries d'autres pays mais à partir de brut russe.

En clair, « le diesel sortant d'une raffinerie indienne mais qui a été alimentée par du brut russe est considéré comme du diesel indien. »

A.D.