©FFPM

La moitié des pilotes maritimes français devra être remplacée au cours de ces dix prochaines années, assure la Fédération française des pilotes maritimes. Depuis deux ans, les recrutements ont été suspendus et les départs à la retraite n’ont pas été remplacés. La pyramide des âges impose, désormais, des recrutements à un rythme soutenu. L’assouplissement des règles de recrutement pourrait s’avérer nécessaire. 

L'impact de la crise sanitaire du Covid-19 est toujours perceptible dans le pilotage maritime français. « En 2021, le nombre d’opérations a baissé 8,3 % par rapport à 2019, à  93 829 opérations », a indiqué Henry Caubrière, le président de la Fédération française des pilotes maritimes (FFPM) à l’occasion du 108e congrès de l'association. Cette évolution est plus sensible en métropole avec une baisse de 11 % (79 131 opérations). 

Ce repli de l’activité, comparé à 2019, se traduit par une baisse de 16 % du volume des navires pilotés par les 30 stations métropolitaines et ultramarines (3,6 milliards de mètres cube), pour une moyenne de 38 367 m3 par navire (- 17 % par rapport à 2019). « Le chiffre d’affaires du pilotage maritime français a diminué de 15 % au cours des deux dernières années », ajoute celui qui est aussi vice-président des pilotes européens. 

Le Covid a aussi laissé des traces dans les effectifs de la filière. « Le nombre de pilotes est passé de 339 à 322 entre 2019 et 2021. Depuis deux ans, les recrutements ont été suspendus et les départs à la retraite n’ont pas été remplacés. Notre pyramide des âges impose, désormais, des recrutements à un rythme soutenu avec la moitié des pilotes français à remplacer ces dix prochaines années », ajoute-t-il. 

Trauma psychologique

Pour évaluer les besoins précis en personnel de chaque station, la FFPM a entrepris un audit. « Il pourrait déboucher sur des propositions dans le but d’assouplir les règles de recrutement des pilotes maritimes en France. Il est envisagé d'augmenter de 35 à 36 ans l'âge limite d'accès au concours de pilote. Cette dérogation a déjà été testée avec succès dans les stations du Havre, Dunkerque et de Rouen », confie Henry Caubrière. 

Cet enjeu en termes de recrutement s'accompagne d'une volonté de renforcer la formation continue des pilotes. Cette démarche, menée avec le BEA Mer, vise à lutter contre les accidents dans la profession. Elle a aussi pour objectif de créer un Critical Incident Response Program (CIRP), qui pourrait voir le jour d’ici la fin de l’année ou début 2023. « Il a pour objet de permettre à tous les navigants d’être pris en charge pour réduire leur stress et de prévenir l’apparition de trauma psychologique à la suite d’un incident ou d’un accident ». 

Technologies alternatives au coût élevé

La décarbonation et la transition énergétique du pilotage maritime étaient également au menu du congrés alors qu’une pilotine électrique a été inaugurée le 13 avril par la station de Sète-Frontignan. La corporation exploite en France une flotte de 125 pilotines, propulsées au diesel pour l’essentiel, en plus de trois hélicoptères et deux avions. 

« Près de 80 % des émissions de gaz à effet de serre des stations proviennent des mises à bord des pilotes, fait remarquer Henry Caubrière. La vedette électrique, inaugurée à Sète, est une première mondiale. Nos recherches couvrent toutes les énergies alternatives pour la propulsion, comme les biocarburants, le gas-to-liquid – à Nice par exemple –, les e-fuels, le gaz et le biogaz. La station du Havre étudie en outre l’utilisation de l’hydrogène ». 

« La transition énergétique est un enjeu économique important pour la profession car le coût de ces technologies alternatives est élevé », rappelle le président de la FFPM, qui, pour relever « ce défi technologique, environnemental et économique », encourage la France à soutenir davantage son industrie navale.

Érick Demangeon