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Dans un entretien au Financial Times, Alexander Saverys, de la famille qui contrôle la Compagnie maritime belge, maison-mère de plusieurs sociétés dans le transport maritime, annonce ses plans pour déjouer la fusion entre Euronav et Frontline, deux des plus grandes sociétés dans le transport de pétrole. La famille est un des actionnaires d’Euronav. Le prochain conseil d’administration promet d’être animé.

La fusion entre deux des plus grandes sociétés de transport maritime de brut, la norvégienne Frontline et la belge Euronav, annoncée le 7 avril, ne passe pas pour Alexander Saverys, du nom de la famille qui contrôle la Compagnie maritime belge (CMB), deuxième actionnaire d’Euronav. 

Dès le lendemain de la déclaration d’intention, pourtant présentée comme « approuvée par les membres du conseil d'administration de Frontline et par le conseil de surveillance d'Euronav », l’héritier d’une grande famille d’armateurs avait notifié son point de vue et son refus d’une opération compromettante, selon ses mots, « pour la stratégie actuelle d’Euronav » vers le transport de carburants verts. 

La famille Saverys avait sans doute pressenti l’évolution des cours de l’histoire puisqu’elle est remontée dernièrement au capital d’Euronav, qu’elle a contribué à créer il y a 27 ans via la CMB, après avoir réduit ces dernières années sa participation. En 2004, Euronav avait été séparée de CMB, cotée indépendamment à la bourse Euronext de Bruxelles, et avait revendu la totalité de ses parts dans Euronav il y a deux ans.

Après l’entrée de John Fredriksen en octobre dernier à hauteur de 9,8 % du capital d’Euronav via CK Limited, le véhicule financier qui administre les participations pour le compte de l’homme d’affaires norvégien et actionnaire à 40 % de Frontline, la famille Saverys avait renforcé sa présence à hauteur de plus de 13 %. Suffisamment pour devenir le deuxième actionnaire, derrière la société elle-même avec 8,3 %, mais surtout devant John Fredriksen. Depuis l’annonce, elle dit avoir encore racheté des actions (660 000), atteignant désormais 14,39 %. 

Je ne crois pas à ce modèle de pure-player. À notre époque, si nous voulons décarboner, nous devons nous diversifier. » 

Fer de lance des actionnaires

Dans un entretien au Financial Times, Alexander Saverys, qui « déteste de voir les choses que nous avons construites aller dans la mauvaise direction », indique avoir « plus d'une corde à son arc » pour déjouer les plans, notamment en se faisant fer de lance de l’opposition d’autres actionnaires. Il entend aussi poursuivre le rachat d’actions (dont la valeur s'élève actuellement à 11 600 € pour une valorisation boursière de 2,6 Md$) et présenter un projet alternatif au transport de pétrole, dont Euronav et son rival historique sont deux des leaders mondiaux.  

Au quotidien financier allemand, il prévise qu’il va s’appuyer sur CMB Tech, une division du conglomérat*, qui conçoit des navires fonctionnant à l'hydrogène et à l'ammoniac. « Si la longévité de votre entreprise repose sur une réduction de 30 points de base de votre dette, alors où est votre avenir ? Je ne crois pas à ce modèle de pure-player. À notre époque, si nous voulons décarboner, nous devons nous diversifier. » 

Quid de la fusion ?

L’opération de fusion doit prend la forme d’un échange d’actions de sorte que les actionnaires d'Euronav et de Frontline détiendront respectivement 59 et 41 % de l’ensemble consolidé. Euronav sera donc l’actionnaire majoritaire. L’ensemble gardera le nom de Frontline tandis que Hugo De Stoop, actuel directeur général d’Euronav, en sera le patron.

Le conseil d'administration devrait être composé de sept membres, dont trois personnalités du conseil de surveillance d'Euronav, deux nommés par Hemen Holding, principal actionnaire de Frontline, et deux nouveaux administrateurs indépendants supplémentaires. Les deux sociétés, cotées en bourse, représentent ensemble une capitalisation boursière de plus de 4,2 Md$ sur la base de leur valeur de marché au 6 avril. 

Un conseil d’administration qui s’annonce mouvementé

Alexander Saverys fera part de ses intentions à l’occasion de la prochaine assemblée des actionnaires d'Euronav le 19 mai prochain. Un moment qui promet donc d’être animé. L’issue tient en partie dans le niveau de soutien des actionnaires que la transaction nécessitera pour finaliser la fusion.

Adeline Descamps

*Le groupe belge possède d’autres sociétés dans le transport maritime : Bocimar dans le vrac sec, Delphis dans le conteneur, Bochem dans les produits chimiques, Windcat Workboats, opérateur de Crew Transfer Vessels.