Cédric Virciglio, directeur de la stratégie et des relations internationales de Haropa Port. ©Haropa Port

La faible influence française à Bruxelles a souvent été commentée. Or, la fréquentation du quartier Schuman peut ne pas être neutre. Haropa a été le premier port français à avoir un représentant permanent spécialisé dans les affaires européennes, basé à Bruxelles. Pour quels résultats ? Entretien avec le directeur de la stratégie et des relations internationales d’Haropa Port. 

Ce lundi 9 mai, Le Havre a célébré la fête de l’Europe avec une série de tables-rondes. Comment s’organise la coopération d'Haropa avec l’Europe ?

Cédric Virciglio : Nous avons été le premier port français à avoir un représentant permanent spécialisé dans les affaires européennes, basé à Bruxelles, depuis la constitution du GIE, en 2015. Notre équipe Europe compte aujourd’hui quatre personnes dont deux permanents à Bruxelles. À l’heure des réglementations de plus en plus contraignantes, des grands changements tels que la pandémie ou la guerre en Ukraine, il est important de faire entendre la voix des ports et d’avoir un dialogue permanent avec la Commission, le Parlement et les différents services. 

Nous travaillons aussi en collaboration avec l’association européenne des ports maritimes et la fédération européenne des ports intérieurs dont Haropa Port vient de prendre la présidence. Tout comme nous entretenons les liens avec Voies navigables de France (VNF) ou encore avec les collectivités territoriales comme les régions Normandie et Ile-de-France. 

Les ports de l’axe Seine ont bénéficié des subventions européennes pour financer d’importantes infrastructures portuaires. Que cherchez-vous à financer désormais ?

C.V. : Dans le cadre du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE), nous avons effectivement reçu, depuis 2014, plus de 75 M€ de subventions européennes. Il y a eu ainsi une contribution à hauteur de 30,4 M€ pour l’amélioration de l’accès des navires au port de Rouen ; 25 M€ pour les travaux de réalisation du futur accès fluvial à Port 2000 au Havre, sur un budget total de 125 M€, ou encore, en 2021, 1,8 M€ pour l’électrification de la Seine sur un budget total de 9,4 M€. 

Nous avons été le seul port français à avoir rejoint, dans le cadre du programme Horizon 2020, le consortium lauréat pour le projet MAGPIE (sMArt Green Ports as Integrated Efficient multimodal hubs) qui vise à plancher, sur cinq ans, sur le port vert de demain. Une vingtaine d’experts des ports de l’axe Seine sont impliqués dans ce projet piloté par le port de Rotterdam, avec la collaboration de DeltaPort (Allemagne) et de Sines (Portugal). Haropa Port reçoit une aide de 400 000 € sur une contribution européenne de 25 M€.

Dans le cadre de la loi climat de l’Union européenne, nous avons signé en juin 2021 un Memorandum of understanding (MOU) avec les places portuaires d’Anvers, Bremerhaven, Hambourg et Rotterdam, engageant à réduire les émissions de CO2 des navires à quai. Nous nous sommes ainsi impliqués dans l’électrification d’ici 2028 des quais des terminaux à conteneurs, et nous participons à la mise en œuvre du paquet climat Fit for 55 [plan d’attaque transversal présenté en juillet 2021 par la Commission visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 55 % d'ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Sur la douzaine de propositions réglementaires, quatre concernent le maritime, NDLR]

Vous coopérez donc avec vos concurrents nord-européens ?

C.V. : Les problèmes de neutralité carbone sont communs à tous les acteurs du monde maritime ! Nous n’allons pas travailler en silos sur les grands projets liés à la transition énergétique et au Green Deal [politique climatique pour les cinq prochaines années qui érige en priorité n°1, la neutralité carbone à l’horizon 2050, NDLR].

Nous avons une approche de range, considérant qu’il y a un avantage de compétitivité pour tous les ports du Nord qui mutualisent les problèmes techniques. Et nous ne sommes pas concurrents dans la mesure où nous servons des bassins de consommation différents. 

Vous faites de la décarbonation un enjeu stratégique mais concrètement ?

C.V. : Nous sommes arrivés à une organisation optimale du point de vue de la configuration maritime, que ce soit avec Port 2000 ou les équipements de l’Axe Seine. Certes, il reste à développer nos connexions avec l’hinterland, qui souffrent d’un sous-investissement ferroviaire en France. Mais il faut maintenant s’atteler à la décarbonation de la Vallée de la Seine : c’est une demande très forte du consommateur, des pouvoirs publics, de nos clients les armateurs et elle sera règlementaire après 2030. Il est certain que le port qui manque sa transition énergétique n’existera plus demain.

L’Axe Seine représente 15 % des émissions de CO2 de la France. Jusque-là passerelle pour les marchandises et les passagers, le port de demain sera une plateforme d’échanges dans le numérique et l’énergétique.

Nos prochains développements concernent l’hydrogène et la décarbonation, où Haropa Port joue un rôle d’agrégateur d’une communauté d’acteurs, les collectivités et les industriels tels que TotalEnergies, Esso, Air Liquide, Yara, Borealis, qui vont bénéficier de leur côté d’aides européennes. Les planètes s’aligneront ainsi.

Propos recueillis par Natalie Castetz