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Le groupe français de transport maritime et logistique a largement contribué au « surplus exceptionnel » de 16,5 Md€ enregistré par l’excédent des échanges de services en 2021. Le transport maritime a apporté un écot de 21 Md€ aux 36,4 Md$ engrangés l’an dernier. Dans le même temps, le déficit des échanges de biens continue à se creuser, plombé par la facture énergétique. Les taux de fret ont indéniablement fait rentrer de l’argent dans les caisses de l’État français.

Voilà une raison supplémentaire de ne pas désespérer complétement du transport maritime (pour ceux qui s’y adonnent) dont la désorganisation actuelle est à l’origine de la flambée des coûts de transport et des difficultés pour les entreprises à exporter, certaines y renonçant radicalement. 

Jugés indécents en temps de crise, dans le collimateur des autorités de la concurrence de plusieurs pays, les taux de fret maritime ont pourtant bien sorti la balance française des paiements du territoire négatif qu’elle laboure inlassablement depuis des années. En clair, CMA CGM a généreusement garni les comptes publics. 

La Banque de France vient de publier le rapport annuel 2021 de la balance des paiements et le solde des transactions courantes affiche un excédent de 9 Md€ après un déficit de 41,5 Md€ en 2020. Un phénomène extrêmement rare puisqu’en quinze ans, il n’a été dans le vert que deux fois. 

Un surplus de 16,5 Md€

Moins médiatisé que la balance commerciale du pays auquel les économistes préfèrent se référer, souvent pour déplorer la désindustrialisation du pays, le bilan de la balance des paiements – tous les flux d’argent entrant et sortant de France c’est à dire les biens manufacturés, les services et les revenus d’investissements directs – est pourtant un reflet plus juste de l'économie française. « Examiner son bilan, c’est faire le check up de l’économie française », a d’ailleurs souligné François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, en présentant les résultats aux médias. 

Si les échanges de biens continuent de forer en profondeur, le déficit ressortant à 67,4 Md€ en 2021 après 59,1 Md€ en 2020, l’excédent des échanges de services atteint, lui, 36,4 Md€ après 18,7 Md€ en 2020. Le « surplus exceptionnel » de 16,5 Md€ (premier excédent depuis plus de vingt ans de ce poste des transactions courantes qui affichait généralement des déficits annuels de plusieurs milliards) est principalement apporté par les services de transport en général et de transport maritime en particulier, représentant 21 milliards des 36 Md€ (+ 16,4 milliards par rapport à 2020).

« La composante maritime explique en particulier ce résultat très inhabituel. Celle-ci résulte de la conjonction de la présence sur le territoire national d’un leader mondial du transport maritime de conteneurs – qui a bénéficié de la très forte hausse du tarif du fret maritime à la suite de la crise sanitaire et de la désorganisation du marché – et d’un coût de transport des importations en moindre progression. Le solde des autres modes de transport reste plutôt étale avec, en général, un déficit annuel de plusieurs milliards [7 Md€ en moyenne sur les dix dernières années, NDLR] », indique la note de la Banque de France. 

Une facture énergégique plombante

Le transport maritime est d’autant plus visible que le tourisme, grand « atout France » a encore été absent une bonne partie de l’année 2021, la reprise des flux de provenance lointaine ne s’étant pas manifesté qu’au cours du second semestre. 

Les biens marchands sont, eux, plombés par la facture énergétique avec un déficit de 43,1 Md€ (+ 18 Md€). Les déficits des produits de base (métallurgie, plastique, bois-papier, caoutchouc) qui incorporent beaucoup d’énergie se creusent tandis que le solde aéronautique se redresse très progressivement. Le solde des revenus d’investissements s’est établi à 54,5 Md€ après 15,9 Md€ en 2020 sous l’effet de la forte amélioration des revenus d’investissements directs en lien la croissance des profits et des dividendes, alors que l’encours des investissements directs à l’étranger (IDE) de la France est très supérieur à celui des IDE étrangers en France. 

De Airbus à CMA CGM

Champion tricolore de la balance des paiements, le troisième armateur mondial de porte-conteneurs CMA CGM fait ainsi un peu d’ombre au constructeur européen Airbus, systématiquement porté aux nues à chaque présentation de la balance commerciale. 

Le voici à la rescousse des comptes extérieurs du pays après avoir sorti de l’ornière quelques fleurons tricolores en difficulté. Son aide, vivement sollicitée au plus sommet de l’État, a en effet permis de trouver une issue favorable à quelques dossiers en souffrance. En rachetant le spécialiste de la logistique automobile Gefco, il l’a débarrassé de son encombrant actionnaire Russian Railways. En entrant au capital d’Air France-KLM dont il pourrait détenir 9 %, le groupe maritime marseillais permet au tranporteur franco-néerlandais, plombé par la crise du Covid-19, d’assainir ses finances notamment en « accélérant le remboursement des aides d'État » et en contribuant à « la réduction de l'endettement net d'Air France-KLM », a expliqué le groupe aérien à l’issue du conseil d’administration. 

Une année exceptionnelle 

Logistique et transport maritime confondus, le groupe CMA CGM a terminé l’année 2021 sur un bénéfice avant impôts de 23 Md$ et un chiffre d’affaires de 56 Md$, dégageant un résultat net de 17,9 Md$. Entre janvier et mars de cette année, il a enregistré un chiffre d’affaires de 18,2 Md$L’Ebitda (bénéfices avant intérêts, impôts et amortissements), qui reflète sa rentabilité opérationnelle, s’est établi à 8,9 Md$. Le résultat net part du groupe ressort à 7,2 Md$. Le groupe français a donc réalisé en trois mois 40 % du bénéfice net enregistré sur l’ensemble de l’année 2021. Sur un an, le groupe français a vu ses revenus bondir de 69,9 %, sa rentabilité progresser de 178,6 % et son résultat net exploser de 5 121 % alors que sa marge a gagné 19 points.  

Il y a plus d’une décennie, en pleine crise financière 2008-2009, Jacques Saadé, le fondateur défunt du groupe de transport marseillais, ferraillait avec les banques pour restructurer sa dette et activait tous les leviers pour sauver son entreprise de la déroute. 

Adeline Descamps