Les huit lauréats du Corimer lors des Assises de l'économie de la mer, en présence de Hervé Berville, secrétaire d'État en charge de la mer.

Huit projets ont été retenus par le Conseil d’orientation pour la recherche et l’innovation des industriels de la mer à l’issue de son troisième appel à manifestation d’intérêt. Ils vont se partager 46 M€ de subventions. Trois d’entre eux portent sur l’équipement de navires en systèmes de propulsion vélique et quatre s’intéressent à l’exploitation et à la maintenance des parcs éoliens offshore. Revue des projets.

Après le salon nautique, qui avait servi d’écrin à la présentation des lauréats l’an dernier, le Conseil d’orientation pour la recherche et l’innovation des industriels de la mer (Corimer) a profité des Assises de l’économie de la mer pour dévoiler le 8 novembre les lauréats de son appel à manifestation d’intérêt 2022, et lancer un nouvel AMI pour 2023.

Les projets retenus, qui bénéficient de soutiens financiers au titre des programmes Investissements d’avenir et France 2030, doivent répondre à certains critères. Sont privilégiés les projets en lien avec les navires zéro émission, navires ou chantiers dits intelligents, les systèmes autonomes, les nouveaux matériaux, ou encore les énergies marines renouvelables (EMR) et autres carburants verts, parmi lesquels l’hydrogène.

Au titre de l’édition 2021-2022, les huit projets dévoilés le 8 novembre totalisent 46 M€ d’aides publiques, contre 33 M€ pour les neuf projets du précédent AMI. Deux ont encore en cours d’instruction.

Propulseur électrique Fin 150

La société normande FinX développe une gamme de propulseurs électriques utilisant non pas la traditionnelle hélice, mais une membrane ondulante dont le principe s’inspire de celui de la nage de poissons. Gain de performance et économie d’énergie sont attendus, mais aussi réduction des bruits sous-marins. Le modèle Fin 150, doté d’un moteur de 150 chevaux, devrait être proposé à partir de 2024.

Cerf-volant de traction KiWin

Ajouter une aile de traction pour hybrider les navires existants, tel est le projet collaboratif porté par KiWin, dont le chef de file est l’entreprise Beyond the Sea, fondée par le navigateur Yves Palier, ingénieur de formation. KiWin développe une solution entièrement automatisée d’aile de traction capable d’équiper tous les cargos de plus de 60 m et promettant une économie de carburant de l’ordre de 20 %, en propulsion mixte moteur et cerf-volant.

Sur ce projet, Beyond the Sea est associé à Kleyfrance, spécialiste des câbles et treuils pour le maritime, le génie civil ou l’industrie, à l’École de l’air et de l’espace, au laboratoire de l’intégration du matériau au système de l’Université de Bordeaux, ainsi que deux laboratoires de l’Université de Montpellier : LMGC (mécanique et génie civil), et LIRMM (informatique, robotique et microélectronique).

Aile gonflable Wisamo 100

L’équipementier Michelin est un acteur inattendu dans le monde maritime. Sa présentation du Wisamo 100 surprend moins, s’agissant d’un spécialiste du pneumatique, puisque le dispositif en question est une voile gonflable adaptée aux navires marchands. Le projet consiste à développer une aile gonflable, rétractable et automatisée et à en valider l’utilisation en conditions réelles. L’objectif est la réduction de consommation de carburant de navires à moteurs, en visant tant le marché du rétrofit que des constructions neuves.

Porte-conteneurs à voile Mervent

Zephyr & Borée est déjà engagé dans différents projets de navires à voiles : le roulier Canopée, mené avec Jifmar pour les transports d’Ariane 6, qui devrait être livré d’ici la fin de l’année pour une mise en service en début d’année ; le Wind.coop, un petit porte-conteneur de 104 EVP pour la desserte de Madagascar, actuellement en phase de levée de fonds ; ou encore dix porte-conteneurs transatlantiques avec voiles de 600 EVP pour une coalition de chargeurs.

Le projet Mervent, mené avec l’École centrale de Nantes, le spécialiste du transport de gaz GTT, et CWS Morel pour la conception des mats-ailes, vise à construire un porte-conteneur de 800 EVP, où la propulsion vélique est complétée par un moteur utilisant un carburant de synthèse décarboné. Le navire devrait voir ses émissions de CO2 réduites de 50 %, un objectif qui peut encore être amélioré à l’avenir car le projet envisage dans un deuxième temps la capture et le stockage du carbone émis.

Vimflo, navire de maintenance des éoliennes offshore

Sur chaque parc éolien offshore actuellement en chantier sont présent des navires de services spécialisés. La future maintenance de ces parcs nécessitera aussi des unités spécifiques. Le projet Vimflo vise à créer un navire permettant d’intervenir sur les éoliennes sur le lieu même de leur implantation, sans devoir les démonter et les ramener à terre pour maintenance. « Les verrous technologiques portent sur les techniques d’arrimage et de levage de précision en environnement maritime », indiquent ses porteurs : Technip Energies, plus connu pour ses projets dans le pétrole ou la chimie, D-Ice Engineering, société d’ingénierie spécialisée dans le maritime, l’offshore et les énergies marines renouvelables, le Commissariat aux énergies alternatives (CEA) et l’École centrale de Nantes.

Ohme vise aussi la maintenance des parcs éoliens

La société Dolfines (précédemment Diestwell) est spécialisée dans l’ingénierie pour l’exploitation pétrolière et gazière. La branche énergie renouvelable de cette société francilienne développe le projet Ohme, qui vise à répondre aux problématiques de manutentions liées à la maintenance lourde des éoliennes, réalisée in situ par des navires spécialisés. Une réponse, peut-être, aux problématiques du projet Vimflo présenté ci-dessus ?

Connexion électrique maritime HT-20MW

Un hub d’amarrage et d’export d’électricité sous 66 kV de tension : tel est le projet HT-20MW présenté par l’entreprise brestoise Eolink (éolien flottant), le spécialiste des systèmes mécaniques rotatifs Everaxis, le cabinet d’ingénierie breton Windglaz (éolien offshore et solaire flottant), ainsi que des acteurs publics : Ifremer, France Énergies Marines, et l’université francilienne Gustave-Eiffel. La connexion maritime tournante HT-20MW vise en priorité les parcs éoliens flottants. Elle s’accompagne d’ailleurs de la conception d’une éolienne de 20 MW. Elle est aussi adaptée à la fourniture de courant aux navires au mouillage.

Recif, les flotteurs de l’éolien offshore

L’orientation vers le renouvelable des sociétés issues des énergies fossiles est bien illustrée par le projet Recif, consistant à mener à une échelle industrielle la fabrication des flotteurs nécessaires à l’éolien offshore. Pour Recif, il s’agit « d’étudier l’industrialisation des trois technologies de flotteurs développées par Sofresid Engineering et d’en confirmer la pertinence technico-économique. Ces solutions seront ensuite confrontées aux infrastructures portuaires existantes et à la chaîne d’approvisionnement disponible pour valider les prérequis des procédés retenus. »

Sofresid Engineering, filiale française de la société italienne de recherche et forage pétroliers Saipem, a pour partenaire sur ce projet l’Institut de recherche technologique mutualisé (IRT) Jules Verne, établi à Nantes, la société de services aux industriels Institut de soudure, ainsi que le spécialiste des tubes pour l’industrie pétrolière Vallourec, via sa filiale Serimax spécialisée dans le soudage.

Étienne Berrier