©Eric Houri

 

[Vient de paraître] Le numéro du mois de mars 2020 est paru. En voici le sommaire et l’édito…

Au XVIe siècle, un navigateur anglais écrivait : « Qui tient la mer tient le commerce du monde ; qui tient le commerce tient la richesse ; qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même. »

Au XXIe siècle, il aura suffi d’un battement d’aile de papillon à Wuhan pour qu’un virus étrangle le commerce, gage la richesse et place le monde en détresse respiratoire. Une belle histoire en pente douce pour notre orgueilleuse humanité.
Incendies, pandémie. À syndromes globaux, même dégâts collatéraux. « Feu de dieu », s’époumonent certains qui allument les contre-feux. Comment ne pas y voir les symptômes d’une économie mondiale intensive à bout de course, arrivée à un tel emballement de son système de production et de consommation, qu’elle a épuisé jusqu’à la capacité de la nature à se régénérer ?

Cette marée venue de Chine, d’où la camelote et la contrefaçon ont longtemps envahi nos marchés avant de céder le pas à des produits plus sophistiqués, ne serait pas un accident industriel de l’Histoire. Mais le fruit d’un enchaînement de circonstances irréversibles. Il n’en fallait pas moins aux spécialistes des maladies chroniques pour sortir l’attirail du théoricien sur les vertus supposées et vices cachés (bien réels) de l’ouverture internationale. « Cessez-le-feu », lancent-ils, il faudra désormais doser. Mais qu’est-ce qu’un monde raisonnablement ouvert ? Au-delà des théories magnifiques sur la perfection des marchés enseignées dans les grandes écoles, est-on armé pour penser (à n’en pas douter) et imposer (à en douter) une nouvelle forme de mondialisation qui dépasse toutes ses contradictions ?

Il faudra sans doute bien d’autres méga incendies australiens et épidémies XXL chinoises pour panser la mondialisation déréglée. En attendant, il aura suffi d’un autre battement d’aile de papillon pour que la Chine, qui avait disparu de la surface en un éclair, déclarée en pertes corps et biens, émerge à nouveau, son économie remise d’aplomb. Une redoutable efficacité. Nul doute qu’elle aussi révise ses grands classiques sur l’interdépendance des économies. Le « made in national » devrait prendre le pas sur le « made in china » dont chacun d’entre nous est bien familier.

Adeline Descamps