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Le spécialiste français des systèmes de confinement pour le transport maritime et le stockage de gaz naturel liquéfié a annoncé le 19 octobre l'acquisition d'Areva H2Gen, un fabricant français d'électrolyseurs. Parce qu’elle permet de verdir l’hydrogène, la filière de l’électrolyse fait l’objet d’une compétition industrielle féroce. D’où l’effervescence actuelle sur ce marché. 

Après s’être construit une solide réputation dans le GNL, GTT étoffe son offre technologique en mettant la main sur une entreprise française à l’expertise dans l’électrolyse PEM (Proton Exchange Membrane), une technologie à membrane échangeuse de protons. Areva H2Gen se revendique comme la seule entreprise qui fabrique des électrolyseurs en France avec cette technologie.

Cette opération, financée sur la trésorerie de GTT mais au montant non révélé, « sans incidence significative sur les grands équilibres financiers de l’entreprise », est d’une portée stratégique pour qui connaît les tenants et aboutissants du marché de l’hydrogène. L’électrolyse est une des façons, avec la thermolyse de la biomasse, de produire de l’hydrogène vert. À ce jour, l’énergie que l’on dit du futur pour le secteur de la mobilité reste majoritairement « grise ». 95 % des 60 Mt de l’hydrogène produits dans le monde chaque année sont des sous-produits des énergies fossiles (soit par la gazéification du charbon soit par le prélèvement dans le gaz naturel ou le pétrole en raffinerie).

Pour rendre l’hydrogène verte, il faut casser la molécule d’eau grâce à la technologie de l’électrolyse. Le procédé est connu depuis longtemps mais jusqu’à une période récente, le rendement énergétique était faible, raison pour laquelle le coût de l’hydrogène à la sortie était très élevé (coût de déperdition important). C’est néanmoins le moyen ultime et principal de stocker en masse et en puissance des énergies intermittentes. Un electrolyseur a en effet deux vertus : il permet de produire de l’hydrogène sans CO2 mais surtout quand l’électrolyseur est connecté à un source d’énergie renouvelable, comme l’éolien ou des panneaux photovoltaïques par exemple, l’électricité peut être convertie en hydrogène et l’énergie et devient alors stockable. Le sésame.   

L’hydrogène, grand perdant du rapport de DNV-GL  

Bataille industrielle

Les moyens d’aller « chercher » l’hydrogène pour le réutiliser dans le système énergétique désormais envisageables, il y a une compétition industrielle intense dans les filières de l’électrolyse pour produire de l’hydrogène verte. La Chine domine ce marché mais sur des électrolyses qui exploitent la filière alcaline (pas cher) alors que les industriels européens maîtrisent des technologies autrement plus sophistiquées comme les protons de H2Gen.

La société française de production et de stockage d'hydrogène décarboné McPhy est aussi une des représentantes de l’expertise industrielle française. L’entreprise vient de lever 180 M€, illustration d’un marché en effervescence. Pour rappel, l'hydrogène vert est un des piliers du plan Hydrogène dévoilé par le gouvernement à la rentrée, d'un montant de 7 Md€ sur 10 ans. Mais l’énergie est aussi au cœur du Green Deal (pacte vert) européen annoncé en juillet 2020.

L’acquisition d’Areva H2Gen conforte l’ancrage de GTT dans des technologies énergétiques de pointe, « peut stimuler la filière française de l’hydrogène vert » et …créer beaucoup de valeur pour les actionnaires de l’entreprise cotée sur Euronext. 

Adeline Descamps