Justine Bénin, secrétaire d'État en charge de la mer, succédera le 23 mai à Annick Girardin, ministre de la Mer. ©DR

Retour à la case où la Ve République l’a toujours logée. La charge de la mer perd son ministère de plein droit pour un secrétaire d’État mais est rattachée directement à Matignon et n’est pas diluée dans un portefeuille aux attributions multiples. Deux personnalités venues d’Outre-Mer se croisent à la fonction. Justine Bénin, députée de Guadeloupe et candidate à sa réélection lors des prochaines législatives, n’est donc pas assurée de sa prolongation. 

Au terme d’un long périple, insoutenable surtout pour la presse, la composition du gouvernement a été dévoilée le 20 mai. Un exécutif de 27 membres, à quasi-parité – 13 femmes et 14 hommes, avec dix-sept ministères, six ministères délégués et quatre secrétaires d’État –, succède à un autre, qui en comptait 42, répartis entre 16 ministères, 14 ministères délégués et 12 secrétaires d’État. Treize nouvelles têtes font leur entrée dans le gouvernement dirigé par Élisabeth Borne, l’ex-ministre des Transports et de la Transition écologique dans le précédent gouvernement Castex. 

L’information principale pour ce qui concerne le monde de la mer – car celle relative aux Transports est bien cachée –, est l’abandon d’un ministère de plein droit pour un secrétaire d’État. La charge revient donc à la tutelle que la Ve république lui a volontiers prêtée. Mais avec deux nuances de taille : elle relève directement de la Première ministre Élisabeth Borne et n’est pas diluée dans un vaste portefeuille aux attributions multiples, comme il en a si souvent été le cas : tantôt le transport et le tourisme, tantôt le développement durable, la pêche, voire l'urbanisme et le logement… 

Le ministère de la Mer aura donc tenu moins de deux ans et en terme de disponibilité, sans doute encore moins, si on exclue le temps passé à se disputer les périmètres entre Transport et Agriculture aux compétences qui se chevauchent et à réorganiser les grandes administrations centrales, rendu nécessaire par le ministère nouvellement créé (création en mars dernier de la Direction générale des Affaires maritimes, de la pêche et de l’aquaculture, sous la double autorité des ministres de la Mer et de l’Agriculture et de l’Alimentation, confiée à un ancien délégué général d’Armateurs de France, Éric Banel).

Deux profils venus des Outre-Mer se croisent

C’est une députée apparentée Modem de Guadeloupe qui succèdera à l’élue radicale de gauche de Saint-Pierre-et-Miquelon qu’était Annick Girardin. La passation de pouvoir avec Justine Bénin est prévue le 23 mai. Les deux personnalités ultramarines regrettent sans doute l’un et l’autre que l’Outre-Mer, ce territoire sans lequel la France ne serait pas la seconde puissance maritime mondiale, ne soit toujours pas mariée avec la Mer.

Annick Girardin, qui occupait le 20 avenue de Ségur depuis juillet 2020, quitte la fonction après avoir vu passer six gouvernements et quatre Premiers ministres. Justine Benin permet, elle, de respecter deux des critères clés dans la composition exigeante de ce gouvernement qui devrait agréger tant de critères : être une femme et contribuer à l’équilibre des différentes forces politiques membres de la majorité avec son affiliation au MoDem. 

Carrière d’élue locale, ayant coché toutes les cases des collectivités

Députée de la deuxième circonscription de la Guadeloupe depuis juin 2017, la conseillère à l’emploi de formation avait pourtant emporté le siège à l’Assemblée nationale avec une étiquette « divers gauche » face à une candidate de LREM. Elle a ensuite rejoint les bancs des apparentés Modem au parlement. Elle est aujourd’hui candidate à sa réélection.

Si elle a ainsi amorcé sa carrière parlementaire, elle a le profil de la parfaite élue locale, ayant coché toutes les cases des collectivités, enracinée dans son territoire et militante au sein d’associations. Élue dès 2008 en tant que conseillère municipale, elle a sollicité par deux fois les suffrages au département de Guadeloupe sous l’étiquette divers gauche (du 1er avril 2011 au 2 juin 2020, sans discontinuité), a occupé le poste de vice-présidente du conseil régional de Guadeloupe entre 2010 et 2015 et a été réélue conseillère municipale et communautaire en 2020.

Pollution et environnement

Titulaire d’un master en droit social à l’Université de Toulouse, elle a commencé sa carrière professionnelle à la protection judiciaire de la jeunesse avant d’assumer différentes fonctions à Pôle emploi.

Dans ses travaux au parlement, son CV fait mention de son rapport sur la pollution au chlordécone en Guadeloupe et en Martinique, qui reconnaît implicitement la responsabilité de l'État français aux Antilles et plaide pour la mise en place de dédommagements notamment pour les agriculteurs et les pêcheurs. Ce rapport enclenchera un énième Plan Chlordécone (IV). Elle est aussi l’auteur, avec le sénateur de Guadeloupe, Dominique Théophile, d’une proposition de loi réformant la gouvernance du service public d'eau potable et d'assainissement en Guadeloupe. Discrète, elle avait pris un peu de lumière face à Nicolas Hulot, alors ministre de l'Écologie, sur le problème des sargasses aux Antilles.

Les réactions sont encore mesurées dans la communauté maritime. Le Cluster maritime français a indiqué sur les réseaux sociaux se mettre « à disposition » de la nouvelle locataire de l’avenir de Ségur pour « œuvrer collectivement à la poursuite de la politique maritime » tandis que son président, Frédéric Moncany de Saint-Aignan, sur son compte twitter, remercie la ministre sortante « pour toutes ces années où l’écoute, l’engagement n’ont jamais failli à notre égard » et semble considérer ce rattrachement à Matignon comme une bonne nouvelle, le maritime étant transverse. « Avec Annick Girardin, la mer est devenu une réalité politique. Avec Justine Bénin, secrétaire d’État en charge de la mer auprès d’Elisabeth Borne, elle sera une réalité politique transverse indispensable à la stratégie maritime. »

Un parcours politique chaotique pour la Mer

En près de quatre décennies, il y aura eu quatre secrétaires de la mer, tenus par Ambroise Guellec (1986), Jean-Yves Le Drian (1991), Charles Josselin (1992) et Nicole Ameline (2002). Avec le secrétaire d'État Guy Lengagne (1983 et 1984), la mer sera rattachée à un ministère des Transports, puis dans un second mandat, à celui de l'Urbanisme, du Logement et des Transports. Dominique Bussereau héritera d’un secrétariat d'État aux Transports et à la Mer en 2002, intitulé qui sera repris pour le maroquin de François Goulard.

Avec Dominique Perben, la mer appartiendra à un vaste ministère englobant l'Équipement, les Transports et le Tourisme. Sous Borloo, la mer devra voisiner avec l'Écologie, l'Énergie et le Développement durable. Le récidiviste Frédéric Cuvillier, l’homme du dossier SNCM notamment, sera ministre délégué aux Transports et à l'Économie maritime, puis aux Transports, à la Mer et à la Pêche et enfin secrétaire d'État chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche entre 2012 et 2014. Enfin, Alain Vidalies disposera de la mer au même titre que les Transports et la Pêche au sein d’un secrétariat d’État (2014). Jusqu’à 2017, la fonction était rattachée au ministère de la Transition écologique et solidaire.

De la quinzaine de ministres et secrétaires d'État à la mer depuis 1981, c’est le député du Finistère Louis le Pensec, ministre sous François Mitterrand, qui ressort des plis de l’Histoire. Sans doute parce qu’il a étrenné la création d’un premier ministère dédié et parce qu’il a été, avec Jacques Mellick (1988) et Annick Girardin (2020), le premier des trois rares ministres de la Mer.

Adeline Descamps 

La liste des membres du Gouvernement

Dix-sept ministères 

  • Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique ;
  • Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur ;
  • Catherine Colonna, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères ;
  • Éric Dupond-Moretti, garde des Sceaux, ministre de la Justice ; 
  • Amélie de Montchalin, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires ;
  • Pap Ndiaye, ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse ;
  • Sébastien Lecornu, ministre des Armées ;
  • Brigitte Bourguignon, ministre de la Santé et de la Prévention ;
  • Olivier Dussopt, ministre du Travail, du Plein emploi et de l'Insertion ;
  • Damien Abad, ministre des Solidarités, de l'Autonomie et des Personnes handicapées ;
  • Sylvie Retailleau, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ;
  • Marc Fesneau, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire ;
  • Stanislas Guerini, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques ;
  • Yaël Braun-Pivet, ministre des Outre-mer ;
  • Rima Abdul Malak, ministre de la Culture ;
  • Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique ; 
  • Amélie Oudéa-Castéra, ministre des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques.

Six ministères délégués 

Auprès de la Première ministre

  • Olivier Véran, chargé des Relations avec le Parlement et de la Vie démocratique ;
  • Isabelle Rome, chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l'Égalité des chances.

Auprès du ministre de l'Économie des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique :

  • Gabriel Attal, chargé des Comptes publics.

Auprès du ministre de l’Intérieur et de la ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires :

  • Christophe Béchu, chargé des Collectivités territoriales.

Auprès de la ministre de l’Europe et des Affaires étrangères :

  • Franck Riester, chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité.
  • Clément Beaune, chargé de l’Europe.

Quatre secrétariats d’État 

Auprès de la Première ministre :

  • Olivia Grégoire, porte-parole du Gouvernement ;
  • Justine Benin, chargée de la Mer ;
  • Charlotte Caubel, chargée de l’Enfance ;

Auprès de la ministre de l’Europe et des Affaires étrangères :

  • Chrysoula Zacharopoulou, chargée du Développement, de la Francophonie et des Partenariats internationaux.