L’accord signé entre la Russie et l’Ukraine pour permettre la reprise sécurisée des exportations de céréales sous l’égide de l’ONU et de la Turquie a déjà été violé. Plusieurs missiles multi-rôles se sont abattus le 23 juillet sur une usine de traitement de céréales, pourtant concerné par l’accord signé par Kiev et Moscou.

À peine arraché, déjà violé. L’accord, qui prévoit la mise en place de « couloirs sécurisés » pour permettre la circulation des vraquiers en mer Noire au départ des ports d’Odessa, Pivdeny et Chornomorsk contre un allégement des entraves au transport de grains et d'engrais russes, n’aura pas tenu 24 heures.

Ou du moins, la perspective de faire sortir les céréales du pays sous blocus maritime, qui a nécessité des semaines de négociations (depuis mai) avec les Nations unies et la médiation de la Turquie, est compromise par l’attaque le 23 juillet du port d’Odessa, que la Russie a d’abord nié avant de reconnaître des frappes mais dirigées contre « des infrastructures militaires ». Quatre missiles Kalibr (multi-rôles) se sont abattus sur la ville d’Odessa, dont deux auraient touché la zone d'une station de pompage du port, pourtant concerné par l’accord signé par Kiev et Moscou. Le port céréalier du sud de l’Ukraine, sur la mer Noire, abrite des dizaines de navires en rade (80 selon certaines sources) et quelque 20 Mt bloquées dans des silos. 

Le président russe a « craché au visage du secrétaire général de l’ONU et du président turc », a fulminé le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères. António Guterres, le patron de l’ONU, et Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l’UE, ont condamné l’attaque. En matière de cessez-le-feu et redditions accordés puis... repris, Vladimir Poutine a une réputation qui le précède, « donnant d'une main et prenant de l'autre », résument les diplomates.

Un accord très attendu

L’accord, paraphé à Istanbul le 22 juillet au palais de Dolmabahçe sous l’égide du président turc Recep Tayyip Erdogan et du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, et en présence de représentants des deux belligérants, couvre l'exportation de céréales, denrées alimentaires, et d'engrais, y compris l'ammoniac.

Il est très attendu par la communauté internationale. De nombreux pays en voie de développement d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine dépendent, pour beaucoup à plus de 50 %, de l’approvisionnement en blé de la mer Noire. La situation aurait déjà précipité 47 millions de personnes dans une situation de famine aiguë selon le Programme alimentaire mondial. La flambée des prix des denrées alimentaires, insoutenable pour ces pays, a contribué à l'agitation et à la violence politiques.

Dans le cadre de cette initiative, la Russie a signé en outre un protocole d'accord distinct avec l'ONU pour faciliter l'exportation d'engrais russes, d'une valeur de 7,6 Md$ par an.

Escortes et coordination

Selon les termes de l’accord, des navires ukrainiens devraient escorter les vraquiers à l'entrée et à la sortie des eaux portuaires, de surcroît minées. Les parties prenantes se sont engagées à ne pas attaquer ou mettre en danger un navire marchand engagé dans les opérations prévues. Il revient à Kiev et à Moscou de créer un environnement sécure autour des trois ports concernés. Ankara inspectera les navires pour apaiser les craintes russes de contrebande d'armes. 

L'accord restera en vigueur pendant 120 jours à compter de la date de signature et sera tacitement prorogé, sauf dénonciation par l'un des contractants.

Un centre de coordination conjoint (CCC) sera établi à Istanbul dont la composition comprend des représentants de l'Ukraine, de la Turquie, de la Russie et de l'ONU. Les premières cargaisons pourraient partir de Chornomorsk le mercredi 27 juillet.

A.D.