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Après avoir procédé à deux reprises cette année à des ajustements à la hausse de ses droits de passage, le gestionnaire de l’une des voies maritimes les plus fréquentées pour rejoindre l’Asie depuis l’Europe va augmenter le prix du transit de 15 et 10 % à compter de janvier 2023. Une politique tarifaire indexée à l’évolution en temps réel du marché du transport maritime, fait valoir l'Autorité du canal de Suez. 

Dans une déclaration publiée le samedi 17 septembre, Osama Rabie, le président de l'Autorité du canal de Suez (Suez Canal Authority, SCA), a annoncé une nouvelle hausse des droits de passage à compter de janvier 2023, de 15 % pour tous les types de navires, à l'exception des vraquiers et des paquebots, pour lesquels l’inflation sera de 10 %. Une politique tarifaire indexée aux changements en temps réel de l'économie mondiale, a fait valoir le gestionnaire de l’un des passages les plus fréquentés par les navires pour rejoindre l’Asie depuis l’Europe.   

« L’augmentation constante des taux d'affrètement journaliers pour la plupart des types de navires, qui ont atteint des niveaux sans précédent, et les prévisions pour l'année prochaine justifient cette nouvelle hausse, a défendu le président de l’Autorité, rappelant que la « fixation du prix des péages repose sur un certain nombre de facteurs, dont le plus important est le taux de fret moyen pour les différents types de navires. » Il illustre son propos en s’appuyant sur les taux d'affrètement journaliers des transporteurs de brut « qui ont augmenté en moyenne de 88 % par rapport aux taux moyens de 2021 », et des méthaniers (+ 11 % rapport à 2021).

La flambée du baril de Brent, aux lourdes répercussions sur les coûts d’exploitation des navires, et l’inflation généralisée, ne lui ont pas échappé. L’établissement public, propriétaire, administrateur et gestionnaire, en fait les frais, tient-il à rappeler. « Ils ont eu un impact sur l'équation du calcul des péages. Ces facteurs ont augmenté les coûts opérationnels et les coûts des services de navigation fournis par le canal. »

Deux hausses consécutives en 2022

Cette hausse intervient alors que la SCA a relevé ses tarifs à deux reprises cette année pour s’aligner sur la conjoncture, une première fois de 6 % en janvier, puis en mars, entre 5 et 10 %, selon les navires, hors le transport de passagers. La SCA en avait fait l’annonce en novembre dernier. Les droits imposés aux pétroliers, ses premiers clients avec les porte-conteneurs, ont alors augmenté de 10 % et ceux imposés aux méthaniers, qui lui ont offert en 2021 sa plus forte croissance, de 7 %. Les péages pour les autres catégories ont aussi été revus à la hausse, de 5 %.

Les paquebots ont toutefois été préservés du renchérissement de 2022 car le « secteur a été particulièrement touché par la crise sanitaire » et ne devrait pas « pouvoir se redresser complètement avant la fin 2022 ». Les méthaniers sont également exemptés car il s’agit d'un « marché très concurrentiel », a justifié le propriétaire. Étrangement, les VLCC et autres transporteurs de produits pétroliers n’ont pas bénéficié du même geste commercial alors qu’ils ont été jusqu’à une date récente été exploités en deçà de leur seuil de rentabilité. Les taux de fret se redressent à peine.

À l’époque, le Fonds monétaire international (FMI) et l'Organisation mondiale du commerce (OMC) s'attendaient à une augmentation de la demande de transport maritime de 6,7 et 4,7 % en 2022 respectivement, « ce qui laisse présager des niveaux élevés de fret et des profits pour les compagnies maritimes », avait fait valoir Osama Rabie. Depuis les institutions financières ne cessent pourtant de raboter leurs prévisions de croissance. 

Rabais et ristournes en 2020

Durant la pandémie, l'Autorité du canal de Suez (Suez Canal Authority, SCA) s’était montrée commercialement souple tout au long de l’année 2020, réactive au moindre signal d’alerte en pratiquant à plusieurs reprises des rabais pour éviter la désertion.

La faiblesse de la demande et le plongeon du baril de brent avaient motivé les exploitants de porte-conteneurs à faire le grand détour par le cap de Bonne Espérance en contournant l’Afrique. Une traversée bien plus longue pour gagner l’Asie depuis l’Europe mais bien moins onéreuse que par le raccourci égyptien à péages (700 000 $ pour un porte-conteneurs, sans négociation).

À fin juin, dernières données communiquées, le canal de Suez avait enregistré une augmentation de plus de 20 % de ses droits de passage, à 6,7 Md$, sur une base annuelle (juillet 2021-juin 2022). Le canal revendique 12 % du commerce mondial, dont 7 % pour le transport maritime de pétrole. La SCA a déclaré un chiffre d’affaires de 6,3 Md$ en 2021. Ses recettes sont la premières sources de devises pour l’État égyptien.

Adeline Descamps