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Inflation persistante dans le secteur industriel, taux d'intérêt élevés, essoufflement de la Chine, plongeon des actions des transporteurs maritimes, ralentissement de l’activité manufacturière, tournant dans la demande… Le pire est encore à venir, indique le FMI, et pour de nombreux pays, 2023 ressemblera à une véritable récession.

Après la Banque mondiale, le Fonds monétaire international revoit à son tour à la baisse ses prévisions de croissance mondiale pour 2023 dans un contexte de chocs simultanés : guerre en Ukraine qui s’ancre dans la durée, hausse persistante des prix de l'énergie et des denrées alimentaires, inflation galopante et taux d'intérêt sous pression… pour ne retenir qu’un échantillon des ennuis qui attendent le monde.

Dans ses Perspectives, un tiers de l'économie mondiale va probablement se contracter d'ici l'année prochaine. Les trois plus grandes économies, les États-Unis, la Chine et la zone euro, vont continuer à décrocher. Les taux d'intérêt plus élevés ralentissent l'économie américaine, l'Europe lutte contre la flambée des prix de l'essence et la Chine doit faire face aux conséquences de sa politique « zéro Covid » (blocages) et à l'affaiblissement du secteur immobilier.

Révision à la baisse de la croissance mondiale

« En bref, le pire est encore à venir, et pour beaucoup, 2023 ressemblera à une récession », a indiqué sans ambages Pierre-Olivier Gourinchas, économiste en chef du FMI, cité dans un communiqué.

Selon les nouvelles projections de l’institution, la croissance du PIB mondial va ralentir à 2,7 % l'année prochaine, contre une prévision de 2,9 % en juillet, mais le FMI maintient ses prévisions de croissance pour 2022, à 3,2 %, reflétant une production plus forte que prévu en Europe mais une performance plus faible aux États-Unis. Le souvenir de la croissance mondiale à 6 % en 2021 s’éloigne pour de bon. Cette année, la croissance américaine ne sera que de 1,6 % et de 1 % en 2023.

« Récession inutilement grave »

Le FMI reconnaît que les banques centrales sont soumises à un difficile exercice d’équilibre, qui doivent lutter contre l'inflation (grande obsession mondiale) sans se montrer trop rigoureuses pour ne pas précipiter l'économie mondiale dans une « récession inutilement grave ». L’inflation des prix à la consommation va cependant se calmer, selon le Fonds qui, après culminé à 9,5 % au troisième trimestre de 2022, retombera à 4,7 % d’ici la fin de la l’année. Toutefois, une hausse de 30 % des prix du pétrole par rapport aux niveaux actuels, n’est pas exclue par le FMI. Elle ferait chuter la croissance mondiale à 1 % l'année prochaine.

Il estime à 25 % la probabilité que la croissance mondiale passe sous la barre des 2 % l'an prochain – un phénomène qui ne s'est produit que cinq fois depuis 1970 –  et à plus de 10 % l’éventualité d’une contraction du PIB mondial. Le maintien de l'inflation à un niveau élevé fait le jeu d’un dollar américain fort alors qu’il est actuellement à son niveau le plus élevé depuis le début des années 2000. Les deux phénomènes ont pour effet accroître le risque de surendettement de certains pays émergents.

Virage dans la demande mondiale

L’enquête PMI, indice reflétant l’état de l'industrie manufacturière mondiale en septembre, vient apporter une preuve supplémentaire au tournant qu’a pris la demande étrangère. 

La production est soumise à une pression de plus en plus forte : les prix moyens des intrants ont augmenté en septembre au niveau le plus élevé depuis cinq mois, ce qui laisse entrevoir une inflation persistante dans le secteur industriel. Elle est liée à l'augmentation des prix de l'énergie et aux fluctuations monétaires, et s'est concentrée principalement sur l'Europe et le Japon.

Détente sur la chaîne d’approvisionnement

Cette situation se produit dans un contexte de forte baisse de la demande. L'indicateur des nouvelles commandes de l'enquête PMI relève une chute de la demande pour le troisième mois consécutif, les pertes des carnets de commandes s'accélérant pour atteindre leur niveau le plus élevé depuis avril 2009 (hors période de confinement pendant la pandémie).

Le refroidissement de la demande a néanmoins contribué à alléger certaines contraintes. Selon l'indice des délais de livraison, les retards se sont atténués en septembre pour atteindre le niveau le plus bas depuis deux ans.

L’effondrement récent de la demande de matières premières, lié à la baisse des entrées de nouvelles commandes dans les usines, a réduit considérablement les pressions sur la chaîne d’approvisionnement mondiale.

Dans la zone euro, en revanche, les retards se sont considérablement aggravés en Espagne et en Italie. Le Royaume-Uni a également été le théâtre d'une recrudescence des problèmes d'approvisionnement, en raison des grèves en alternance ou en simultanée dans les deux principaux ports pour les importations conteneurisées, à Felixstowe et à Liverpool, où une troisième grève est programmée.

Facture énergétique salée

Dans ce contexte, il ressort que la hausse des coûts dans le secteur manufacturier observée en septembre est quasi exclusivement le fait du niveau inédit des dépenses liées à l'énergie, le plus élevé depuis que les données sont disponibles en 2005. C’est particulièrement probant en Europe, l'Italie en tête, suivie par la Grèce, l'Espagne et le Royaume-Uni, et au Japon. À l'autre bout de l'échelle, les coûts des intrants ont baissé à Taïwan et en Chine grâce à la faiblesse de la demande dans le cadre des mesures d'endiguement des vagues épidémiques.

En revanche, le nombre d'entreprises imputant la hausse des prix des matières premières dans l’inflation de leurs coûts est tombé à seulement 1,4 fois sa moyenne à long terme bien moins que les 3,2 fois d'il y a un an. Si les tarifs de transport restent toujours responsables d’une addition salée, les fabricants la mentionnant sont trois moins nombreux qu’il y a un an.

Dégringolade plus rapide que prévue des taux de fret 

Si les taux de fret maritime ont diminué lentement depuis de nombreuses semaines, la dégringolade s’est accélérée dernièrement et de façon abrupte. 

HSBC estime qu’ils pourraient atteindre les niveaux de 2019 d'ici la fin de l'année. L’une des grandes banques à l’export est une voix dissonante. Peu s’aventure à prédire un atterrissage aux niveaux de 2019 aussi rapidement.

HSBC a en outre avancé son scénario de creux, désormais prévu à la mi-2023 et non plus 2024. Le Shanghai Containerized Freight Index (SFCI), composé des taux spot pour les conteneurs au départ de la Chine, atteindra alors son plancher tandis que la rentabilité du secteur touchera le fond au second semestre de l'année prochaine. Pour les compagnies maritimes cotées en bourse, HSBC estime que le point le plus bas sera enregistré à la fin du premier trimestre 2023.

Plongeon des actions maritimes

Selon nos calculs, les actions des premiers transporteurs mondiaux de conteneurs cotés en bourse ont sévèrement décroché depuis le début de l’année : Maersk (- 34,67 %), Cosco (- 41,89 %), Hapag-Lloyd (- 33,86 %), Evergreen (-14,71 %), Yang Ming (- 46,72 %), HMM (- 30,40 %) ou encore ZIM (- 58,44 %).

Ainsi, Maersk a perdu 28 Md$ de capitalisation boursière depuis le début de l’année, Cosco (- 14,35 Md$), Hapag-Lloyd (- 15,71 Md$), Evergreen (- 0,5 Md$), Yang Ming (- 6,6 Md$), HMM (- 2,73 Md$). ZIM, dont la capitalisation s’établit à 2,76 Md$ et qui a versé la moitié de ses bénéfices en dividendes, est entrée en bourse en début d’année 2021. Pour sa première année, la compagnie israélienne avait offert à ses actionnaires l’une des cinq plus fortes valorisations boursières. 

Hors ZIM, la perte consolidée est proche des 68 Md$ (avant versement des dividendes, ce qui devrait limiter le phénomène).

Avec une baisse moyenne du rendement d’actions se situant autour de 30 %, les sociétés maritimes font bien moins bien que les autres indices boursiers…Un contraste saisissant par rapport à l’ambiance de la phénoménale année 2021 bien que les transporteurs afficheront cette année encore des bénéfices records. Ils ont d’ailleurs revu à la hausse, à plusieurs reprises, leurs performances pour l’ensemble de l’année.

Adeline Descamps

Les exportations chinoises marquent le pas

Le ralentissement prolongé de la Chine ajoute à la pression. Selon la prévision médiane de 30 économistes interrogés par Reuters, les exportations chinoises devraient encore ralentir en septembre bien qu’en croissance (+ 4,1 % par rapport à l'année précédente) après avoir progressé de 7,1 % en août alors qu’elles étaient attendues à 12,8 %.  

Parallèlement, les importations resteront faibles en septembre, avec une hausse probable de 1 %, contre seulement 0,3 % en août.

La croissance des exportations de la Corée du Sud, un indicateur avancé des importations de la Chine, a atteint en septembre son rythme le plus lent depuis près de deux ans. Les expéditions de ce pays dépendant du commerce extérieur vers la Chine ont diminué de 6,5 %.

Avec l'affaiblissement du yuan, l'excédent commercial de la Chine devrait cependant augmenter pour atteindre 81 Md$, contre 79,39 milliards en août.

Alors que la deuxième plus grande économie du monde est confrontée à la poursuite des restrictions et à l'affaiblissement du secteur immobilier, le Fonds monétaire international a revu à la baisse ses prévisions de croissance pou 2022, passant de 3,3 % à 3,2 %.

A.D.