©DR

 

Et le marché du conteneur reprend le cours de ses affaires. Les ventes de porte-conteneurs, les prix à l’achat et les tarifs à l’affrètement pourraient enregistrer en 2020 des niveaux supérieurs à des années « normales ». Ou du moins sans l'agressivité d'un virus qui a réussi à mettre en pause la planète et sous cloche la première usine du monde.

Alphaliner a enregistré un peu plus de 165 transactions depuis le début de l'année, soit l'équivalent de 622 000 EVP. À l’exception d’une « absence » au deuxième trimestre, l'activité de S&P est revenue durant le troisième trimestre aux niveaux d'avant la crise avec une moyenne de 22 navires vendus. Et sur la base des 275 MEVP vendus au cours du troisième trimestre, elle a dépassé les 234 MEVP enregistrés au premier trimestre. Et ce, en ayant connu un sombre creux entre avril et juin, où les ventes ont peine atteint 18 navires de 27 500 EVP, soit le plus faible volume vendu depuis le dernier trimestre 2008 et la retentissante faillite de Lehman Brothers.

« Les ventes et les inspections de navires par les acheteurs, qui impliquent des déplacements, ont été compliquées par les mesures de confinement, la fermeture des frontières et l’absence de vols commerciaux, explique Alphaliner. Certaines ventes, qui étaient sur le point d'être conclues, ne se sont apparemment pas du tout concrétisées ».

Alphaliner confirme ce que les coutiers ont observé ces derniers mois : l'intérêt se portent au extrêmes du panel, avec près de la moitié des transactions en nombre impliquant un tonnage inférieur à 2 000 EVP, bien qu'il y ait également eu de l’activité dans la catégorie de plus de 7 500 EVP avec 28 transactions.

Frénésie de l’affrètement

Le spécialiste de la ligne régulière s’étonne par ailleurs que l’engouement des panamax à l’affrètement ne se traduise par un marché S&P plus actif. À ce jour, 14 navires ont été vendus, soit 30 % de moins qu’il y a un à la même période. Un panamax classique de 5 000 EVP rapporte actuellement à son propriétaire 25 000 $/j, le niveau le plus élevé pour ce type de navires depuis près de dix ans.

Pour les navires de 4 000 EVP et plus, dont le manque de tonnage est devenu critique, les tarifs ont atteint des sommets, ayant augmenté de plusieurs milliers de dollars au cours des deux dernières semaines. Le retour au confinement dans plusieurs pays en Europe et l'épidémie aux États-Unis qui continue de se propager, devraient pourtant restreindre les appétits pour les tonnages. « La chute continue des prix du pétrole et la résistance des taux de fret sur la plupart des routes maintiennent un vent d'optimisme chez les transporteurs, qui ne manifestent, pour l’instant, aucun signe de restriction ».

Attrait pour des navires plus vieux

L'âge moyen des porte-conteneurs vendus cette année a augmenté pour atteindre 13,1 ans à ce jour, une augmentation considérable par rapport à la moyenne de 11,5 ans observée en 2019. Mais l’analyste ne l’explicite pas davantage. Le faible niveau du carnet de commandes mondial de porte-conteneurs et la pression exercée pour exploiter un tonnage plus « vert » et plus efficace, qui reflètent les grandes incertitudes des transporteurs quant au profil de navire « idéal », ne doivent pas être étrangères à cette tendance.  

Les prix des opérations suivent : les niveaux des segments en demande, y compris le panamax classique, ont augmenté de 25 à 30 % entre juin et octobre. « Une opération comme celle du APL England (5 514 EVP, construits en 2001), récemment vendu par le groupe CMA CGM à Technomar pour un prix de 11,5 M$, n'aurait pas reçu plus que le prix de la ferraille avant juin », indique Alphaliner.

Au total, les dix premiers mois se sont soldés par quelque 150 transactions d'environ 520 000 EVP.

Adeline Descamps