Terminal de charbon du port de Hambourg ©Michael Lindner

Les échanges de charbon au sein de l’Union européenne ont été particulièrement vifs au cours du premier trimestre. Si les importations et exportations traduisent les craintes d’une rupture d’approvisionnement en gaz, elles reflètent pourtant encore l’extrême dépendance des pays européens à la Russie, qui reste le premier fournisseur. À noter toutefois la grande percée des États-Unis et le spectaculaire retour de l’Afrique du Sud. 

Le charbon n’en finit plus de rappeler qu’il n’est pas mort alors qu’il était ces dernières années voué aux gemonies par la plupart des nations occidentales ayant programmé sa fin. Les achats européens du fossile ont par exemple diminué de 18,3 % en 2019 par rapport à 2018, année au cours de laquelle ils s’étaient déjà repliés de 7,6 %.

Au cours du premier semestre de 2022, le marché mondial du charbon maritime a connu une nouvelle croissance après la hausse significative de 2021. L’an dernier, d’après le courtier maritime Banchero Costa, les exportations mondiales de charbon maritime avaient atteint 1,15 milliard de tonnes, contre 1,099 milliard en 2020. Des données estimées sur la base du suivi des navires de Refinitiv. Le déclin du fossile est toutefois bien entamé puisqu’en dépit de rebond de 4,5 %, le trafic reste bien en deçà (- 10 %) du niveau expédié en 2019.

De janvier à juin 2022, les chargements mondiaux de charbon ont augmenté de 1,5 % sur une base annuelle pour atteindre 572,7 Mt, mais toujours loin des 637,9 Mt du premier semestre 2019. S’ils ont diminué de 5,1 % au cours du premier trimestre, ils ont augmenté de 7,7 % entre avril et juin par rapport à l'année précédente, pour atteindre 314,2 Mt. Le mois de juin a été particulièrement dynamique avec 111,6 Mt traitées, en hausse de 12,3 % sur un an.

Dépendance russe toujours manifeste

Selon le courtier, l'Union européenne a été le cinquième plus grand importateur maritime de charbon au monde, après l'Inde, la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Au premier semestre, le Vieux-Continent a représenté 10,4 % des expéditions mondiales de charbon par voie maritime (+ 30,3 % en un an pour atteindre 87,1 Mt). Et leurs importations ont encore augmenté de 49,6 % par rapport au premier semestre 2021 pour atteindre 57,6 Mt.

La situation témoigne des craintes quant à la réduction de l'approvisionnement en gaz de la Russie. Pour autant, les États européens restent dépendants de la Russie. Au premier semestre 2022, avec 31,5 % des importations de charbon de l'UE (44 % toutefois en 2021), la Russie reste le premier fournisseur de charbon de l'Europe. Les achats auprès de l’ex-partenaire russe se sont à peine repliés (moins de 0,5 %). En revanche, ils ont explosé auprès du continent nord-américain, de 91,6 % en un an. Les États-Unis s’imposent en grand magasin du monde pour toutes les commodités de base.

L’Afrique du Sud en grand partenaire

À surveiller de près également, le retour de l’Afrique du Sud que l’on n’avait plus vu dans les données du commerce extérieur en Europe depuis bien des années. Le pays à l’économie la plus développée du continent africain a représenté 5,6 % des achats de charbon de l'Europe au cours des six premiers mois de l’année. Une explosion des trafics (+ 764,4 %) par rapport au premier semestre 2021.

Pour rappel, les principaux terminaux d'importation de charbon en Europe restent Rotterdam (14,6 Mt déchargées au premier semestre 2022), Amsterdam (6,8 Mt), Hambourg (3 Mr), Gdansk (3 Mt), Gijon (2,8 Mt), Dunkerque et Fos (tous deux à 1,9 Mt). IJmuiden et Vlissingen aux Pays-Bas, Ploce en Croatie, Tarente en Italie, Wilhelmshaven Allemagne, Koper en Slovénie et Anvers ont tous des tonnages autour du million de tonnes. 

Dans le même temps, les importations chinoises de charbon par voie maritime ont diminué de 26 % en glissement annuel pour atteindre 87,8 Mt. Elles réflètent la hausse record de la production nationale, Pékin activement engagé dans un grand programme d’indépendance énergétique. 

A.D.