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Les lignes vont encore bouger dans la ligne régulière. Entre Maersk et MSC, le match pour la première marche du podium mondial est plié depuis janvier. Entre Cosco et CMA CGM, les jeux sont faits, la Française ayant ravi à la Chinoise la troisième place. C’est désormais le sixième rang que se disputent les compagnies japonaise et taïwanaise ONE et Evergreen. Affaire quasiment classée.

Entre Maersk et MSC, le match a été plié en janvier à la tête du classement mondial des armateurs de porte-conteneurs établi par Alphaliner. MSC, avec sa puissance de feu de près de 4,3 MEVP répartis sur 666 porte-conteneurs et ses 17,1% de parts de marché, a pris quelques longueurs d’avance sur Maersk, leader mondial incontesté pendant 18 ans. Le groupe danois (4,24 MEVP et 16,1 % de la capacité conteneurisée mondiale) va devoir s’habituer à sa seconde place pour un temps. Car MSC, premier client des chantiers navals, a un carnet de commandes bien étoffé avec 102 navires en cours de construction qui vont ajouter à sa flotte 1,33 MEVP. Même sur le trafic Asie-Europe, où Maersk a longtemps été le leader du marché, il a dû céder sa place à la compagnie italo-suisse, qui a déployé 54 navires, soit une offre de plus d’1 MEVP. 

Cosco et CMA CGM

Entre Cosco et CMA CGM, l’affaire a été soldée l’an dernier. Les troisième et quatrième armateurs mondiaux, du reste partenaires au sein d’Ocean Alliance, ont échangé leur place après avoir joué à la course à l’échalote. La Française (12,9 % de parts de marché mondial avec une capacité de 3,27 MEVP) a clairement l’avantage sur la Chinoise (11,5 % de PDM avec 2,93 MEVP). Même en incluant leurs commandes de 54 et 34 navires qui vont gonfer leur flotte respectivement de 437 259 et 586 672 EVP, CMA CGM devrait garder l’avantage mais pas de façon aussi nette que les deux leaders mondiaux. D’autant que selon les rumeurs du marché, Cosco prévoit de commander une autre série de 24 000 EVP. 

Forces en présence en termes de capacités conteneurisées (données extraites du classement mondial des compagnies de la ligne régulière établi par Alphaliner) ©JMM

Evergreen et ONE, le nouveau glissement de terrain

Tandis que l’inamovible Hapag-Lloyd, avec 7 % de parts de marché (1,74 MEVP), campe le ciquième rang mondial de l’activité régulière tout en étant largement distancé par les quatre premières compagnies, c’est à la sixième place que les jeux sont en train de se jouer. Entre ONE et Evergreen. La distance est ténue entre la japonaise et la taïwanaise. Ils détiennent tous deux 5,9 % du marché mondial en terme de capacités, avec encore un léger avantage pour ONE : 1 509 585 versus 1 507 108 EVP. Or, le carnet de commandes trahit l’armateur japonais, faible par rapport aux 627 196 EVP du transporteur taïwanais et de ses 65 navires neufs en construction qui viendront compléter sa flotte de 200 porte-conteneurs. Soit une capacité de 2,13 MEVP dans un proche avenir.

De quoi terrasser ONE et ses 1,83 MEVP. Avec aisance même. Evergreen est une adepte de la grande taille, ayant passé encore récemment commande de trois unités supplémentaires de 24 004 EVP auprès du constructeur chinois CSSC, portant son carnet de commandes de mégamax de six à neuf unités. Dans une déclaration à la Bourse de Taïwan, Evergreen n'a pas mentionné de dates de livraison, mais Alphaliner estime à 2025 la mise en service, sachant que le dernier des six premiers géants est prévu pour novembre 2024. 

Samsung vient à peine de lui livrer le Ever Arm de 23 992 EVP, l'avant-dernière unité de la série que la société sud-coréenne construit à Geoje Island. Avec ses sisterships, les Ever Ace, Ever Act, Ever Aim et Ever Alp, le nouvel entrant revendique le titre de plus grand porte-conteneurs du monde en termes de capacité nominale. La livraison du dernier, l'Ever Art, est imminente. 

Evergreen et MSC, rivales dans l’acquisition

Evergreen et MSC ont en commun la soif d’acquisitions de navires. Parmi les dix premiers transporteurs mondiaux, avec ses constructions en cours qui représentent près de 42 % de sa flotte en exploitation, elle est la championne mondiale toutes catégories de ce point de vue. Rien qu’en mars, sur les neuf livraisons, quatre la concernaient.  

Evergreen et CMA CGM se répartissent, elles, la plus forte capacité déployée sur la ligne Asie-Europe. Selon le décompte d’Alphaliner arrêté en avril, il y aurait actuellement 348 porte-conteneurs recensés sur une des lignes phares Est-Ouest, soit 5,45 MEVP. Le surcroît de capacité de 10,4 % par rapport à avril 2021 a surtout été apporté par la Taïwanaise et la Française, ajoutant respectivement 147 500 et 118 700 EVP sur les services dédiés à ce marché. Mais la force d’appoint revient surtout à Evergreen qui y a alloué cinq de ses nouveaux mastodontes de de 24 000 EVP, parmi lesquels le légendaire Ever Given de retour en flotte après ses mésaventures dans le Canal de Suez et son bulbe d’étrave défiguré. Le transporteur asiatique a ainsi apporté à la ligne une capacité supplémentaire de 35,4 %, nettement supérieure à celle de CMA CGM bien qu’en forte croissance aussi (18,7 %). 

Déferlante entre Asie et Europe

Cette déferlante d’EVP fait partie de son projet visant à moderniser son service Asie-Europe du Nord CEM (NEU6 d'Ocean Alliance), sur lequel la société asiatique veut flécher une flotte homogène de 24 000 EVP qui devrait à terme atteindre les douze unités. 

Evergreen (mais aussi CMA CGM) a donc largement contribué aux parts de marché acquises par l’alliance à laquelle elle appartient : Ocean est désormais le plus grand groupement entre Asie et Europe avec une part de marché de 36,8 %, contre 34,7 % en avril de l'année dernière. Elle a même dépassé 2M (Maersk et MSC), à 35,6 % de la capacité totale.  

Des bénéfices records en commun

ONE et Evergreen, au coude à coude pour la sixième place mondiale, partagent au moins un paramètre : la bonne fortune du secteur. L’armateur japonais a plus que doublé son chiffre d'affaires et plus que quadruplé son bénéfice avant intérêts et impôts au cours de son exercice 2021, qui s'est clôturé en mars. ONE a enregistré un chiffre d'affaires de 30,1 Md$ et un Ebitda de 16,8 Md$. Historique. Il ne peut pas en être autrement. La compagnie japonaise est encore toute jeune, née en avril 2018 de la fusion des activités conteneurisées de K-Line, MOL et NYK. Avant la pandémie, les performances étaient plus que modestes voire décevantes. 

Evergreen a fini l’année 2021 avec un résultat brut d’exploitation de 10,2 Md$, soit huit fois son résultat de 2020. Le chiffre d'affaires annuel a plus que doublé pour atteindre 17 Md$ tandis que son résultat net ressort à 8,3 Md$. La compagnie présente une marge d’exploitation de 59,3 %, la deuxième performance de la classe mondiale. 

Adeline Descamps