Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM ©Houri

 

Le n° 4 mondial du transport maritime de conteneurs a terminé l'année 2019 avec un résultat net en perte de 229 M$ et des dettes s'élevant à près de 18 Md$. Si l’acquisition de l’ex-commissionnaire de transport suisse leste le groupe français, la norme comptable IFRS16 biaise grandement ses résultats. Pour autant, CMA CGM est confiante sur sa capacité à retrouver dès cette année des marges de manœuvre financières.

Avec 5,3 MEVP transportés au 4e trimestre 2019, l’activité de transport maritime de CMA-CGM affiche un chiffre d’affaires en recul de près de 10 % par rapport à la même période de 2018, mais le résultat net passe dans le même temps d’une perte de 15 M$ à un bénéfice de 13 M$. « En 2019, l’activité maritime de CMA CGM a enregistré une marge opérationnelle en augmentation pour le troisième trimestre consécutif, dépassant ainsi ses principaux pairs au 4e trimestre », ne manque pas de souligner le PDG du groupe, Rodolphe Saadé. Ces résultats sont le fruit de notre stratégie de développement, notamment sur les lignes intra régionales, et de notre capacité à réduire nos coûts. » Malgré l’impact de l’épidémie de Covid 19 sur le commerce mondial (cf. plus bas), CMA-CGM affiche sa sérénité pour 2020, comptant en particulier sur la mise en œuvre de son plan de liquidités de 2,1 Md$, annoncé en novembre 2019. CMA-CGM prévoit notamment de « récupérer » 1,3 Md$ cette année en jouant sur ses coûts maritimes.

CMA CGM se déleste pour se renflouer

Comme déjà annoncé à plusieurs reprises, pour retrouver de la marge de manœuvre financière, la compagnie basée à Marseille compte avoir recours à la cession-bail et au refinancement pour certains navires : au 31 décembre dernier, le montant total de ces opérations avaient d’ores et déjà rapporté 820 M$, selon l’armateur, ce qui aurait permis de couvrir « 75 % du financement de l’acquisition de Ceva Logistics ». Dans les prochaines semaines, la cession de dix terminaux portuaires à Terminal Link, la coentreprise de manutention portuaire que le groupe français détient avec China Merchants Port, devrait être finalisée pour un montant de 968 M$. Enfin, un accord a été obtenu début mars pour repousser de trois ans la maturité de 535 M$ de crédit.

La liste des dix terminaux cédés 

Le n° 4 mondial du transport maritime de conteneurs reste campé sur le projet d’entreprise qui a justifié l’acquisition du commissionnaire de transport suisse en avril 2019 : assurer une prestation de transport de bout en bout, avec en particulier le lancement, début 2020, de la deuxième phase du « plan de retour à la compétitivité » de Ceva. Il vise notamment l’extension du réseau en Afrique et dans le Sud-Est de l’Asie. Le logisticien, devenu une société française, a affiché un chiffre d’affaires de 7,1 Md$ en 2019, pour un Ebitda (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) de 544 M$. « La contribution de Ceva Logistics au groupe s’inscrit en perte de 161 millions pour l’année, impactée par les coûts de restructuration et les provisions relatives à certains contrats italiens, qui sont maintenant résolus, mais aussi de l’application de la norme IFRS16 pour 21 M$ », prévient CMA-CGM.

CMA CGM fait de la Suisse Ceva une entreprise française

La croissance des volumes transportés de 4 % (21,6 MEVP) a permis de maintenir le niveau du chiffre d’affaires (23,5 Md$, - 0,8 %) mais l’Ebitda est en hausse de 18 %, à 1,36 Md$. Le résultat net est passé de 34 à 240 M$. Dans le même temps, la capacité de la flotte (de 509 à 502 navires) n’a pas varié : 2,7 MEVP. Comme pour le trimestre précédent, les volumes ont été portés par les lignes intra régionales, dopées par l’intégration de Containerships opérant sur l’intra Europe et sa marque CNC sur l’intra Asie, en forte croissance.

Endettement de 17,8 Md$

Le chiffre d’affaires du groupe s’est établi à 30,3 Md$, soit 29 % de plus qu’en 2018, s’expliquant principalement par l’intégration de Ceva. Le bénéfice avant impôts a, dans le même temps, été multiplié par trois, atteignant 3,76 Md$. La perte s’est établie à 229 M$, et là aussi, Ceva y est pour quelque chose, en y contribuant à hauteur de 140 M$. Toutefois, sans l’application de la norme IFRS 16, le résultat aurait été bénéficiaire et ce, malgré les pertes de sa nouvelle filiale. L’endettement augmente de plus de 10 Md$ et se monte désormais à 17,8 Md$. Ceva pèse certes dans cet endettement. L’entreprise lui aura coûté 2,1 Md$ (1,1 milliards pour l’acquisition et 1 milliard pour la reprise de sa dette), mais finalement bien moins que la fameuse norme IFRS16 qui leste la dette de l’entreprise de pas moins de 7,6 Md$.

Étienne Berrier

Covid-19 : CMA CGM confiant pour une reprise dès la mi-mars 

Près de 80 % des grandes et moyennes entreprises chinoises avaient repris leur activité début mars, confirme le Bureau national des statistiques. Une tendance que semble avoir constaté également l’armateur français : « le suivi quotidien des capacités de production des usines en Chine permet d’observer, depuis la fin février, des signes de reprise. » Confiant, CMA-CGM « prévoit un retour à une flotte opérée en capacité normale à compter de la mi-mars. » « Nous observons une reprise de l’activité en Chine, avec des usines de nouveau opérationnelles et des exportations à la hausse », se réjouit Rodolphe Saadé. « Les volumes expédiés de Chine après le Nouvel An chinois sont traditionnellement réduits, explique la compagnie. Après la fermeture traditionnelle des usines, les expéditions mettent 4 à 6 semaines pour retrouver un rythme moyen. Cette année, la reprise d’activité constatée est plus lente et le groupe fait un effort accru de réduction de ses capacités opérées en Chine.

L’endettement s’envole

CMA CGM pourrait céder des terminaux portuaires