Pour l'instant, pas d'impact du conflit commercial. Le 3e transporteur maritime mondial de conteneurs continue de "profiter" d'échanges actifs entre les États-Unis et la Chine. Quant au potentiel de marché de son porte-conteneurs géant dans un marché corsété, Rodolphe Saadé n'a aucun doute ni sur la persistance de la Chine en tant que pivot du commerce mondial, ni sur ses capacités ajustées à la demande de long terme.​

 

CMA CGM surfe sur un flux d’échanges soutenu pour le moment entre les États-Unis et la Chine et ce malgré le conflit commercial entre les deux pays, a dit en substance le 6 septembre le PDG du groupe français, Rodolphe Saadé, à l'occasion de la cérémonie inaugurale de son nouveau géant des mers, le Saint-Exupéry. 

Le 3e armement mondial, qui vient de publier ses résultats financiers pour le second trimestre, fait d'ailleurs état d'une hausse "supérieure à la croissance du marché" des volumes transportés de 9,6% par rapport au 1er semestre 2017, soit 5,9 millions d'EVP (MEVP). Il le justifie "par le dynamisme des lignes transpacifique et Asie-Golfe au sein d’Ocean Alliance, ainsi que des lignes depuis et vers l’Amérique du Sud". L'armateur français doit néanmoins concéder un revenu moyen par conteneur transporté en baisse de 2,1 % ces trois derniers mois, les taux de fret au plancher.

Le troisième trimestre, traditionnellement actif en matière d’exportations de produits chinois vers les côtes américaines en préparation des fêtes de fin d’année, est particulièrement vigoureux cette année, assure le dirigeant qui anticipe également une remontée des taux de fret.

On a un troisième trimestre qui s’annonce bon, surtout sur le transpacifique. On profite bien (de cette tendance) pendant le troisième trimestre, mais on s’attend a ce que, si la guerre économique entre la Chine et les États-Unis se met vraiment en place, il y ait un impact sur les volumes”, a-t-il averti. 

 

Anticipation profitable

La vigueur du commerce sino-américain s’explique notamment par la forte croissance aux États-Unis et des signes d’achats de précaution d’entreprises américaines qui anticipent la mise en place de nouveaux droits de douane américains contre la Chine. Le commerce transpacifique a pris de l’importance pour CMA CGM depuis l’acquisition de la société basée à Singapour APL il y a deux ans, dans le cadre d’un mouvement de consolidation du secteur. 

Manifestement, en dépit de la déconvenue avec Hapag-Lloyd, qui a fermement repoussé ses avances mi-juillet, le groupe familial français reste intéressé par des acquisitions, sans naturellement citer des cibles : “Le secteur du transport maritime se consolide encore et s’il y a des opportunités, le groupe CMA CGM (...) est en mesure d’être sur les rangs pour une nouvelle opération”. Le PDG du 3e armement mondial de conteneurs a néanmoins concédé avoir étudié l'opportunité, "regardé puis fermé le dossier et passé à autre chose”, a-t-il dilué.

Au cours du deuxième trimestre, CMA CGM a fait quelques emplettes sur le marché. Outre une participation de 25 % du logisticien Ceva à l’occasion de l’introduction en bourse de la société, le transporteur a, pour conforter son offre sur les lignes intra-régionales, acquis (opération encore soumise à l’aval des autorités concurrentielles) l'opérateur multimodal finlandais Containerships (560 personnes), un après avoir fait entrer dans son giron Mercosul, un des principaux acteurs du marché domestique de transport de conteneurs au Brésil. Le Finlandais, spécialiste du short-sea intra-Europe par conteneurs, est notamment présent sur les marchés baltes, la Russie, l’Europe du Nord, l’Afrique du Nord et la Turquie. Il doit, du reste, prendre livraison entre août 2018 et janvier 2019 de 4 navires à propulsion GNL d’une capacité de 1 120 EVP, le GNL étant aussi l'option choisie par l'armateur pour ses navires à venir.  

Quant au potentiel de marché de son porte-conteneurs géant dans un marché qui se resserre et un secteur en proie aux surcapacités, le PDG de CMA CGM se veut rassurant. “Peut-être aujourd’hui on parle beaucoup de guerre économique et commerciale mais cela ne peut pas durer toute une vieNos investissements sont planifiés sur du long terme. Nous avons besoin d’investir dans cette capacité-là". Le PDG n'a pas de doute en soi sur la croissance du commerce mondial, ni sur la résilience de la Chine et en Asie, où "nous continuerons d'acheter”.

La course au gigantisme de ces dernières années a généré de la surcapacité - stratégie délibérée qui a permis de réduire les coûts de transport - mais qui a sacrément perturbé les règles de l’offre et de la demande : le secteur se bat depuis plusieurs années contre des taux de fret structurellement bas. La hausse actuelle du fuel fragilise encore plus le secteur et pourrait saborder les efforts entrepris par les transporteurs maritimes au prix d’une stricte discipline financière pour maintenir les compteurs à flots dans un environnement concurrentiel intense.


--- Adeline Descamps (avec Reuters) ---

 

 

 

Résultats financiers 2e trimestre 2018 : Le résultat net consolidé passe de 213 M$ à 22,7 M$ 

« Dans un contexte de forte hausse des prix du fuel de 27,7 % par tonne sur un an, CMA CGM a enregistré au second trimestre une marge opérationnelle proche de celle du premier trimestre, un résultat net positif et une croissance des volumes", semble se satisfaire Rodolphe Saadé, le PDG du groupe CMA CGM, dans un communiqué diffusant les résultats de l'armateur basé à Marseille pour le 2e trimestre. 

CMA CGM fait état d'une résultat opérationnel de 67,1 M$ (contre 472 M$ au 2e trimestre 2017) reflétant une marge opérationnelle récurrente de 1,2 % (elle était de 8,9 % l'an dernier).  Le chiffre d’affaires progresse de 7,4 % par rapport à l’an dernier et atteint 5,70 Md$. Quant aux volumes transportés, ils sont en effet en progression de 9,6 % mais le revenu moyen par conteneur transporté est en retrait de 2,1 %. Le résultat net consolidé part du groupe s’élève à 22,7 M$ au deuxième trimestre (contre 213 M$ à période comparable de 2017). 

"Le groupe entend poursuivre les initiatives de réduction de coûts annoncées lors de la publication de ses résultats du premier trimestre pour améliorer sa performance opérationnelle et financière, notamment via l’optimisation de la gestion de la flotte de conteneurs et l’amélioration de l’efficacité énergétique". 

Sur un plan opérationnel, CMA CGM fait valoir une flotte en croissance de 10,2 % (de 462 à 509 navires). Ces trois derniers mois, elle s'est enrichie de façon notable avec la livraison du Jean Mermoz, un porte-conteneur de 20 600 EVP qui a vocation à assurer la liaison Asie-Europe. Il a également reçu un autre navire Ice-Class, dont la coque renforcée lui permettra d’opérer sur les lignes baltiques. Ainsi qu'un développement de son offre, avec notamment le lancement de Ocean Alliance Day 2 Product  :

"Avec 41 services Est-Ouest (Asie-Amérique du nord, Asie-Europe du Nord et Asie-Méditerranée), Ocean Alliance représente l’offre la plus importante du marché et est numéro un sur le trade Transpacifique, avec 20 services dédiés".

Depuis quelques semaines, face à la conjoncture, le 3e transporteur maritime mondial annonce aussi des réductions de service.