Malgré les faibles volumes de céréales mais grâce à la dynamique des matériaux de construction et des filières métallurgiques et chimiques, le trafic fluvial, qui avait dévissé de 11 % en 2020, s’est ressaisi en 2021 avec une croissance de 3 % pour atteindre 52,5 Mt.

Sans retrouver les niveaux d’avant Covid – 56,3 Mt en 2019 et 7,4 Md t-km –, le transport fluvial français a renoué en 2021 avec la croissance. Selon le bilan présenté par VNF le 31 mai, 52,5 Mt ont été transportées par voie d’eau, soit 3,1 % de plus qu’en 2020, année de pandémie marquée par un repli de 11 %. En tonnes-kilomètres, le fluvial enregistré une hausse de 4 %. 

« Hors céréales, la croissance de l’ensemble du trafic fluvial aurait atteint 12,5 % et on aurait recouvré le trafic fluvial de 2019 qui avait été exceptionnel, souligne Thierry Guimbaud, directeur général de VNF. La mauvaise performance des grains est liée aux « très mauvaises récoltes 2019 et 2020 ». Toutefois, la récolte 2021 a été meilleure et celle de 2022 également.

Avec 12 Mt transportées (- 9,7 %), la filière céréalière reste cependant un des grands pourvoyeur de tonnages pour la voie d’eau. Le trafic n’atteint que 1,9 Md t-km (-12,7 %) avec cependant une grande différence entre le premier semestre, marqué par une baisse de 30,5 % de l’activité, et le second semestre, après la moisson 2021, où elle progresse de 10,6 %.

Le BTP, grand pourvoyeur de trafics fluviaux

Première filière du fluvial, le transport de matériaux de construction avait chuté de 11 % en 2020 mais s’était redressé dès le deuxième semestre (+ 6,6 %). Il continue sur sa lancée en 2021 : 23,7 Mt transportées (+ 5,6 %) et 2,7 Md t-km (+ 16,8 %). « Le secteur dépasse ainsi son niveau d’avant crise et atteint un trafic qui n’a pas été enregistré depuis 1992 », relève VNF.

La métallurgie, très impactée en 2020 par la crise sanitaire (- 24 %), a progresseé de 17,9 % en 2021 (568 M de t-km) et de 16 % en tonnage (3,9 Mt), avec un rebond des flux sur la Seine et surtout des transports vers l’Allemagne depuis le Nord et l’Est de la France.

En perte de vitesse (- 15 %) en 2020, les transports d’engrais et de produits chimiques se sont redressés de 11,5 % en 2021 et même de 29,7 % en volume (4,3 Mt).

Les transports fluviaux de conteneurs, enfin, n’avait connu qu’une baisse de trafic inférieure à 1 % en 2020, grâce à la progression des bassins du Rhône, de la Moselle et du Nord-Pas-de-Calais. Les volumes sont repartis à la hausse en 2021, atteignant 583 000 EVP soit 3,4 % de plus qu’en 2020 et à quelque 6 000 EVP du précédent record de 2017.

La Seine en poupe

Premier bassin fluvial français, la Seine est aussi celui qui voit son trafic augmenter le plus en 2021, avec 3,8 Md t-km (+ 8,2 %) et 22,1 Mt transportées (+ 3,3 %). Les transports de matériaux de construction (15 Mt, + 7,6 %) n’y ont pas étrangers. Le BTP en Île-de-France est tiré par les chantiers du Grand Paris Express et du Village Olympique. La filière métallurgique connaît une croissance spectaculaire (+ 29,6 %) bien que le tonnage soit encore faible (1,1 Mt). Elle a été tirée par les importations de tôles et de coils, ainsi que par des expéditions de ferrailles vers le Nord et la Belgique.

En revanche, le trafic sur le Rhin est resté stable, à 10,8 Mt, les crues de l’été 2021 ayant perturbé la navigation. La métallurgie (+ 10,5 %) et la chimie (+ 13,6 %) tirent cependant leur épingle du jeu.

Déception sur l’axe Rhône-Saône

Dans les Hauts-de-France, les transport de déblais dus aux dragages fluviaux et la progression des produits chimiques ont porté le trafic à 10 Mt (+ 12,3%). Le bassin de la Moselle progresse également (5,9 Mt, + 3 %) grâce notamment aux exportations de produits métallurgiques vers l’Allemagne et le Benelux.

C’est la déception sur le bassin Rhône-Saône, où le trafic fluvial diminue de 0,6 % alors que cet axe bénéficie d’infrastructures d’un bon niveau. La baisse des trafics est liée, selon Thierry Guimbaud, « à la moindre orientation vers le fluvial des acteurs économiques, qui utilisent plus volontiers le train ou la route ». Cependant, estime-t-il, « les perspectives sont prometteuses grâce aux mesures prises pour attenuer les coûts liés au transfert ». Il fait notamment référence à la récente annonce de CMA-CGM concernant la mutualisation des THC.

Pour le début d’année 2022, les chiffres ne sont pas encore publiés mais Thierry Guimbaud fait état d’une très bonne tendance sur les céréales, d’une forte croissance pour les transports liés au BTP et d’une bonne tendance sur le conteneur.

Étienne Berrier