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La compagnie nationale de Singapour, en grandes difficultés financières depuis quelques mois, est entrée en négociations exclusives avec le fonds souverain du pays. Elle a par ailleurs annoncé avoir obtenu de treize de ses créanciers un moratoire sur ses dettes. 

Le fonds d'investissement public Temasek Holdings à la rescousse de la compagnie nationale ? Pacific International Lines (PIL), la compagnie détenue et gérée par l’emblématique personnalité du pays, Teo Siong Seng, fils du fondateur Chang Yun Chung, pourrait être sauvée des eaux par le huitième plus grand fonds souverain mondial et néanmoins singapourien, Temasek.

La société, cotée à Singapour et lestée de dettes, a confirmé être entrée en négociations exclusives avec Heliconia Capital Management, une société d'investissement appartenant à Temasek Holdings, en vue d’un investissement. L'accord, encore au stade préliminaire, est d'une durée de six mois à compter du 26 mai. Un conseiller financier, Evercore Asia, a été nommé pour l’accompagner sur « des alternatives de levée de capitaux ».

Report, sursis et moratoire 

PIL a par ailleurs annoncé avoir engagé des discussions avec ses créanciers sur un plan de restructuration de sa dette. Elle aurait obtenu l'accord de treize d’entre eux, qui totalisent 97,6 % de sa dette totale, pour un moratoire sur les paiements du principal de la dette (montant net du capital emprunté) et des intérêts jusqu'au 31 décembre. Un statu quo sur les mesures d'exécution de la dette a également été arraché jusqu'à cette même date, à moins qu’un accord formel sur un échéancier de remboursement ne soit conclu avant.

Les discussions avec les prêteurs représentant le solde de la dette de l'entreprise (2,4 %) sont toujours en cours. L'un d’entre eux ne semble pas prompt à l’échange. Il a envoyé une mise en demeure dans un courrier en date du 11 mai exigeant le remboursement de 12 M$ dans les dix jours ouvrables (soit le 26 mai). En outre, l'entreprise a déclaré qu'elle pourrait ne pas être en mesure de payer le principal de 42,37 M$ d'obligations, dus au plus tard en novembre.

PIL au coeur de toutes les spéculations

Depuis février, date à laquelle le 10e transporteur mondial de conteneurs a annoncé son abandon du marché transpacifique, la cession de naviresde ses participations dans des compagnies (Pacific Direct Line) et d’actifs, la société est au cœur de toutes les spéculations. Certains n’ont pas hésité à voir dans la non-publication de ses résultats financiers un signe supplémentaire de sa très mauvaise posture.

Selon ses derniers états financiers, la compagnie et ses filiales ont accusé des pertes nettes de 254 M$ en 2018 et de 35 M$ au premier semestre 2019. Le groupe détient également 41 % des parts du fabricant de conteneurs Singamas (bien que ses actions aient été données en gage à une unité liée à Temasek Holdings en janvier 2018). En 2019, Singamas était aussi en perte nette de 110 M$. C’est elle qui avait dévoilé une partie des difficultés de PIL en annonçant qu’elle avait à son égard 148 M$ de créances.

Selon les informations disponibles sur le bilan en juin 2019, la dette financière totale de PIL (y compris celles liées à la location, mais à l'exclusion des montants dus aux sociétés liées) s'élevait à 3,86 Md$, dont 1,31 Md$ dus dans un délai d'un an. La compagnie a réduit sa capacité opérationnelle de 11 % en 2019, passant de 393 000 à 350 000 EVP entre 2019 et aujourd’hui, selon les dernières données de la flotte d'Alphaliner.

Adeline Descamps

 

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