Les grandes manœuvres sont lancées. Des expériences « intelligentes » se déploient partout, tous azimuts, mais avec les mêmes objets: optimiser le trafic, fluidifier les flux, assurer la traçabilité de bout en bout. Le déluge de technologies, qui a déferlé sur le secteur, rend accessible cette logistique idéalisée. Au fondement des actions initiées ici et là, des enjeux logistiques donc mais aussi énergétiques (solutions favorisant la production d’énergies renouvelables, la parade contre les émissions polluantes ou l’efficacité énergétique…). Souvent, les milieux académiques et scientifiques et les entreprises innovantes sont embarqués dans la dynamique, voire les géants mondiaux des systèmes d’informations, tels Cisco System à Hambourg, IBM à Rotterdam, Siemens à Duisbourg…Partout, la grande ambition est de basculer très vite vers une logistique qui serait totalement prédictive. En agrégeant l’historique des données de transit de marchandises et en les analysant à l’aide de l’intelligence artificielle, les gestionnaires du port pourront ainsi anticiper, prévenir donc et mieux informer, à tout moment, en temps réel.

Jumeau numérique

À Hambourg, qui ambitionne d’être « la vitrine de l’innovation portuaire dans le monde », c’est déjà une réalité. Le port a travaillé avec Cisco dans cette logique. Un réseau de capteurs et de systèmes d’informations, reliés à un Port Road Management Center, informe en temps réel sur les trafics, l’heure d’arrivée des navires, les voies de circulation à emprunter pour les poids lourds, les places de parking disponibles, qu’on peut réserver via une appli, les délais d’amarrage des navires, etc.

Rotterdam, qui se fait accompagner par IBM, planche sur le jumeau numérique du conteneur, dont les moindres faits et gestes, y compris ceux de son environnement, pourront être simulés numériquement. Première étape avant de l’élargir au navire (cf. plus loin). Anvers a rendu ses quais intelligents (les navires arrivant au port se voient attribuer un numéro d’accostage) et a lancé un projet de blockchain.

Sur le range Sud, les initiatives sont encore peu visibles mais la thématique fait l’objet de programmes européens de coopération en Méditerranée.

Retard français

Étrangement en France, les ports ont pris du retard alors qu’ils pratiquent depuis longtemps la dématérialisation des procédures, via des Cargo et Port Community System, exploitent des logiciels de gestion des escales maritimes et ont à portée de main, sur leurs territoires respectifs, un vivier de start-up œuvrant dans l’IoT et les solutions numériques.

Le Havre, « porte d’entrée vers l’Atlantique » et Marseille, « porte d’entrée du Sud de l’Europe », sont « visiblement » les plus actifs. Ils y ont un intérêt: les technologies leur offrent une opportunité pour récupérer un peu d’aplomb sur la scène portuaire européenne.

Tous deux se sont lancés dans des démarches dites « smart » qui font l’effort d’être globales (au-delà de la fluidité des flux et de l’amélioration du passage portuaire) pour répondre à des problématiques, urbaine et environnementale.

Dénommé « Le Havre Smart Port City », le projet porté par la communauté havraise et Haropa a franchi en mai dernier une nouvelle étape avec le dépôt d’un dossier de candidature dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt du programme des investissements d’avenir (PIA) « Territoire d’innovation de grande ambition » (TIGA). Il pourrait ainsi bénéficier de financements jusqu’à 50 M€ pour un projet estimé à 241 M€. « Le Havre Smart Port City, c’est du concret. C’est, par exemple, savoir où se trouve le navire, connaître à quel moment le transporteur routier peut venir chercher le conteneur sur le terminal portuaire, donner un maximum d’informations sur les personnes qui se déplacent sur la zone. Les questions sur la cybersécurité sont également très importantes pour sécuriser les échanges », expliquait au moment de la remise de candidature Baptiste Maurand, le directeur général du port normand. Il est également question de « Smart Cruise », un terminal de croisières nouvelle génération proposant un bouquet de services connectés et d’Etoile pour cartographier les flux sur les zones industrialo-portuaires et interconnecter ses acteurs.

Cyber-cartographie

À Marseille, sous la marque ombrelle « French Smart Port In Med », né de la collaboration entre le port de Marseille-Fos, la CCI Marseille-Provence, Aix-Marseille Université, le plan d’actions comprend plusieurs « briques ». Un « Brain Port Community » cherche à mettre en réseau la recherche et l’enseignement (universités, business school, écoles d’ingénieurs) au travers d’une chaire pour développer des programmes « adaptés aux enjeux des ports de demain ». Une solution blockchain pour l’axe rhodanien est également en cours de développement sur lequel planchent MGI, KeeX (incubée par Zebox, l’incubateur de la CMA CGM) et BuyCo, trois entreprises locales aux innovations prometteuses pour l’activité portuaire.

Le 4 juillet a été organisé le premier « Smart Port Day », où 7 start-up ont présenté leurs preuves de concept (POC) dans le cadre de l’appel à projets lancé il y a quelques mois sur la base de défis proposés par de « grands comptes », chacun en lien avec sa problématique: Naval Group (établir une cyber-cartographie portuaire), Hammerson (mieux informer les usagers sur et autour du port), La Méridionale (informer les chauffeurs de la position à quai d’une remorque), EDF (raccordement des navires), Interxion (batteries avec un capteur à bas coût), CMA CGM (optimiser les opérations portuaires) et le GPMM (réduire les émissions de gaz à effet de serre).

Le conteneur connecté, développé par la société marseillaise Traxens (dont les actionnaires sont CMA CGM, MSC et Maersk) est un autre outil intéressant particulièrement les ports, notamment pour sa localisation millimétrée qui ouvre des tas de possibles, dont celle, de façon pragmatique, de repérer les vides. Ce qui est en soi une des obsessions des transporteurs.

Adeline Descamps

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