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Numéro spécial conteneurisation : rétro 2021 et perspectives 2022. Stratégies d'investissement des principaux armateurs. Inflation et taux de fret. Marché de l'affrètement. Fabrication et location de conteneurs. Construction navale et marché S&P… Panorama du secteur de la ligne régulière à découvrir dans le numéro du JMM qui vient de paraître.

[É​DITO] Alphabet maritime

Diluvienne. Époustoufflante. Harassante. 2021 fut un coup d’éclat permanent maniant la contre-programmation en art majeur. Les 365 jours inouïs se sont refermés sur un nouveau départ de feu avec l’ingérence du hacker O.M.I.C.R.O.N.

O comme oubli. Selon l’angle par lequel on saisit la réalité, la description n’est pas la même. De toute évidence, plusieurs situations objectives et indiscutables ont cohabité. Pour certains (les porte-conteneurs et les vraquiers), l’année a eu le goût du miracle (fragile). Pour d’autres (les tankers, les ferries et les paquebots), elle a l’arrière-goût d’une longue traversée de désert sans oasis.

M comme maritime sorti de l’angle mort. Le transport par la mer, par essence invisible de l’homme aux pieds sur terre, a saturé le cadre. Assommé par un cours en accéléré sur le transport maritime, le quidam ne peut désormais plus ignorer qu’il s’achalande à des milles nautiques de son pâté de maison. Il se sera familiarisé abruptement avec les effets indésirables de la mondialisation qui a installé une forme d’hégémonie sur la parole publique. Ses convictions ne pourront plus se lover dans les raccourcis.

I comme incertitude. Il va falloir s’y résoudre. Le coronavirus a signé un contrat d’alternance avec la planète. Il reste un allié de circonstance hors pair pour le transport de conteneurs, un partenaire versatile pour le vrac sec mais le meilleur ennemi pour le transit de brut.

C comme crise climatique. L’envie de sécession travaille en profondeur le monde. La méthode à adopter pour refroidir la planète clive jusqu’aux portes de l’OMI où la cuirasse du compromis se fracasse sur les réalités économiques des nations. Le secteur privé est lui-même fragmenté, les exploitants de flotte louvoyant entre pragmatisme à court terme (GNL) et radicalité de long terme (méthanol, ammoniac). En attendant, les débats carburent au bruit et au fracas. La parole affolée des climatologues et le choc des opinions inquiètent, quel que soit l’émetteur. Le désastre écologique se précise mais les façons de vivre et de produire restent inchangées.

R comme ralentissement de la Chine. La première usine du monde manifeste des signes d’obsolescence programmée. Son économie se grippe et promet une bonne quinte de toux au reste du monde. Le pays communiste le plus capitaliste du monde aura livré l’an dernier le spectacle d’une économie de la panique. Confronté à de monstrueuses pannes d’électricité faute de charbon, Pékin a dû rationner ses usines pour parer à l’urgence, offrant un nouveau relais de croissance à la crise de l’approvisionnement mondial.

O comme omission d’escales, de ports, de lignes... La qualité de service dans le transport maritime aura été tenue en laisse.

N comme noria de conteneurs et nuée de navires. Ou inversement. Le maelström de marchandises échouées sur les quais et le lit de nénuphars au large des ports les plus fréquentés de la planète sont une bien poétique autopromotion du secteur maritime.

F comme fin des festivités en 2022 ? « Il est poli d’être gai », pouvait-on lire dans un autre siècle chez de grands sages. 

Adeline Descamps

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