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[Édito] L’Europe va-t-elle passer l’hiver au chaud ? 

La certitude est une denrée rare en ces temps troublés. L’histoire s’écrit actuellement sous la dictée brûlante des événements. En quelques mois, la planète est passée de l’euphorie économique dans la foulée de la sortie de la pandémie à l’inflation géopolitique et aux incertitudes sur l’approvisionnement en matières premières. L’Union européenne est en équilibre sur la pointe d'une épée, les démons belligérants à ses portes et la souveraineté politique et militaire arborée sans complexe comme un titre de noblesse. 

Tandis que les ressources énergétiques sont menacées, on se demande en Europe si on aura froid cet hiver. Dans les arrière-boutiques du pouvoir politique, des alliances de circonstance s’installent avec cette conscience aiguë de la survie qui vaut bien quelques embrassades, fussent-elles dérangeantes. L’unité ne se fait pas sans combats. Ni sans coups bas. 

Pour qui ne partage pas le même sentiment d’urgence énergétique, il y a quelque chose de cocasse à voir la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen faire la tournée des grands ducs du pétrole et du gaz dans l’espoir de conclure quelques contrats d’approvisionnement qui vont aider ses États membres à se sevrer des énergies russes auxquelles ils se sont shootés pendant des années mais dont les prises ont été interrompues sans préavis par le dealer. 

Les génuflexions devant le prince saoudien Mohammed ben Salmane, persona non grata il y a encore quelques mois, sont tout aussi truculentes. Le président américain Joe Biden n’a pas manqué l’escale de Riyad lors de sa visite au Moyen-Orient à la mi-juillet. Emmanuel Macron a réservé à l’héritier de la grande monarchie du Golfe un couvert au 55 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, la résidence officielle des chefs d’État français. Tous veulent obtenir du « prince assassin » et loyal allié de la Russie au sein de l’Opep une ouverture des vannes. Dernière station avant le désert, l’Arabie saoudite, qui détient les clés des marchés pétroliers, se montre surtout soucieuse de ne pas froisser Moscou, autre grand contributeur du cartel. 

La logistique de la mer va devoir zigzaguer pour tracer son sillage dans cet océan éruptif où crises et tensions se stratifient. Et ce n’est pas là la seule ombre portée. La transition énergétique la somme d’amender son rapport à l’environnement. La pandémie, qui a révélé les points de fragilité d’un sourcing à sens unique, pourrait ébranler le modèle sur lequel le transport maritime et les ports ont bâti leur fortune.

Adeline Descamps  

 

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