Au total, 204 navires ont été démantelés au cours du premier trimestre de 2021. Parmi ceux-ci, 155 navires, soit 76 %, ont été vendus à la ferraille auprès de chantiers d’Asie du Sud, selon le dernier rapport de Shipbreaking Platform. L’ONG dénonce régulièrement ce phénomène estimant que ces sites ne déconstruisent pas les navires dans le respect des conditions de travail, de sécurité et de l’environnement. 

Sur les 204 navires démantelés au premier trimestre 2021, 155 ont été vendus sur les plages d'Asie du Sud d’après l’ONG Shipbreaking Platform, qui dénonce régulièrement les conditions dans lesquelles sont démolis les navires dans les plages de la baie d’Alang (beaching). 

« Il existe des lois sur l'environnement et le travail qui réglementent le recyclage des navires, mais elles sont ignorées et facilement contournées par les propriétaires de navires, souvent avec l'aide d'acheteurs au comptant. Ceux-ci paient le prix le plus élevé pour les navires en fin de vie et, en général, ils rebaptisent, réenregistrent et changent de pavillon les navires lors de leur dernier voyage vers les chantiers de démantèlement », déplore l’ONG.  

Selon son dernier relevé, ce sont les armateurs grecs qui ont vendu le plus de navires aux chantiers d'Asie du Sud, suivis de près par les armateurs japonais, émiratis et sud-coréens. Près d'un tiers des navires vendus à l'Asie du Sud ce trimestre ont changé de pavillon et sont passés sous les drapeaux des Comores, du Gabon, de Palau et de Saint-Kitts-et-Nevis quelques semaines seulement avant de rejoindre la plage. « Ces pavillons ne sont généralement pas utilisés pendant la durée de vie opérationnelle des navires et offrent des réductions pour l'enregistrement du dernier voyage », complète l’ONG. 

23 navires vendus à des sites européens agréés

Seuls 49 navires ont été vendus à des chantiers de recyclage dits « verts ». Parmi eux, 23 l’ont été à des chantiers basés dans l'UE, 24 en Turquie et seulement 2 à des chantiers chinois. Pour rappel, une loi européenne entrée en vigueur le 1er janvier 2019 rend obligatoire, pour les navires battant pavillon européen dont le recyclage est régi par un règlement de l’UE, le démantèlement dans des sites agréés par Bruxelles (43 sites, dont 34 dans les États membres de l’UE avec la Norvège et l’Irlande). 

Au cours du premier trimestre 2021, quatre personnes ont été blessés dans le cadre de l’exercice de leur métier et six ont trouvé la mort dans des accidents au Bangladesh, au Pakistan et en Inde.

Convention de Hong Kong, 16 pays adhérent mais à peine 30 % du tonnage mondial

Pour les armateurs respectueux des règles, la Convention internationale de Hong Kong est la clé. Le traité international impose, entre autres, aux propriétaires de flotte de fournir aux chantiers de démantèlement un inventaire des matières potentiellement dangereuses et aux chantiers d’établir un « plan de recyclage », précisant la manière dont chaque navire sera démantelé, en fonction de ses caractéristiques propres et de cet inventaire et dans le respect de la sécurité des employés et de protection de l’environnement. 

Mais si le texte, rédigé sous l'égide de l'OMI, d’ONG, de l'Organisation internationale du travail (OIT) et des parties prenantes de la Convention de Bâle, est ouvert à la signature depuis le 1er septembre 2009, il n’est toujours pas entré en vigueur, faute du quorum de ratification atteint, fixé à 15 États et au moins 40 % de la flotte mondiale de navires marchands. Jusqu'à présent, 16 pays ont adhéré au traité, représentant 29,58 % du tonnage mondial de la marine marchande.

A.D. 

Infographie © Shipbreaking Platform